Copyright : © Vincent Liétar

Ardente avocate de l’habitat et du logement pour tous, l’architecte Pascale Joffroy recommande de suivre Olivier Hamant quand il critique la performance qui « aime la précision, le contrôle, la vitesse d’exécution, la standardisation, la planification ». C’est dans ces valeurs qui réduisent nos options alors que la robustesse les multiplie, qu’elle reconnaît les impasses dans lesquelles s’enlise la production actuelle de logements. Convaincue de la fertilité de l’idée de robustesse pour mieux nous loger, elle s’attache à traduire cet antidote en stratégies pour concevoir et produire autrement du logement.

Il faut suivre Olivier Hamant dans son Antidote au culte de la performance, quand il critique la performance qui « aime la précision, le contrôle, la vitesse d’exécution, la standardisation, la planification ». Ces valeurs réduisent nos options, affirme-t-il, alors que la robustesse les multiplierait. Aussi, pour mieux loger, ne faut-il pas privilégier la robustesse plutôt que la performance, par conséquent changer de modèle de pensée pour concevoir et produire autrement du logement ?
Dans un souci de performance, le logement est un secteur où la planification et l’industrialisation se bodybuildent en permanence. Mais les résultats sont-ils à la hauteur ? Le programme de reconstruction post-cyclone à Mayotte le montre à la caricature lorsqu’il fait appel aux forces délocalisées et consommatrices du BTP ou aux fournisseurs de containers pour se montrer performant selon le modèle habituel : reloger avec les mêmes acteurs, répandre une vision unique du bon logement, préfabriquer à des milliers de kilomètres, importer des matières premières, effacer les bidonvilles, construire en deux ans ce que l’on n’a pas fait en vingt. Mais alors qu’on s’accroche, en métropole comme en outre-mer, à ces mécaniques solutionnistes, arrêtons-nous à l’hypothèse d’une vision différente de ce qu’on peut appeler le « système du logement ». On s’étonnera peut-être un jour de la façon dont on a transformé un fait aussi simple et personnel qu’habiter en un produit encadré à ce point, quantifié, standardisé et difficile de surcroît à pourvoir pour tous. L’opposition que trace Olivier Hamant entre performance et robustesse éclaire à mon sens ce sujet et amène deux questions : en quoi le culte de la performance nous empêche de loger mieux ? En quoi la robustesse, à l’inverse, nous y aiderait ? Pour Hamant, la quête de la performance est un schéma mental qui peut être efficace dans un monde stable et riche en ressources. Mais elle est inappropriée, voire contreproductive, pour gérer les instabilités et pénuries sociales, financières, sanitaires, écologiques, énergétiques et géopolitiques du XXIe siècle. D’où sans doute les inadaptations et dommages collatéraux du logement actuel : coût environnemental élevé, niveau record des loyers, listes d’attente, démolitions excessives, mal-logement, etc.

Des équations inattendues
Dans un monde fluctuant, le progrès doit selon Hamant être guidé par des gains de robustesse. Car à l’opposé des systèmes performants, les systèmes robustes savent s’ajuster aux contextes en empruntant des chemins multiples. Tout change alors. En premier lieu, un système de logement plus robuste ne se réduirait pas à des niveaux d’excellence technique et des marqueurs chiffrés. (...)

Pour lire l’article, commandez votre magazine sur notre boutique en ligne