L’architecte Ariel Genadt qui réside et enseigne aujourd’hui en Pennsylvanie est un spécialiste du Japon moderne et contemporain, et notamment de l’œuvre de Kengo Kuma. À l’occasion de plusieurs séjours dans l’archipel nippon, il s’est particulièrement intéressé à la notion de résilience architecturale. Critiquant une lecture trop littérale de la robustesse des bâtiments, qui deviendraient alors contre nature, suffocants et indigestes, il plaide au contraire pour une architecture exprimant avec noblesse sa faiblesse et sa vulnérabilité.
La robustesse de l’habitat humain est contre nature
Les organismes vivants reposent sur un équilibre dynamique entre les processus cataboliques et anaboliques, entre la destruction et la création de cellules1. Dans le monde vivant, la rigidité est synonyme de mort. Le terme « robuste » (du latin robur, force) signifie fort, rigide et immuable – des qualités qui, dans le domaine biologique, sont contradictoires à la faiblesse, à l’adaptabilité et à la collaboration, qu’Olivier Hamant défend à juste titre comme essentielles à la survie des espèces. Emprunter sa définition biologique de la « robustesse » pour décrire l’habitat humain prêterait à confusion car, en architecture, ce terme désigne habituellement des éléments capables d’absorber des forces sans se déformer, ni perdre leur stabilité. Or, une robustesse excessive du bâti peut souvent nuire à d’autres performances de l’architecture, notamment la résilience structurelle et la capacité à offrir un bien-être physique et psychologique à ses occupants. Il convient donc de distinguer la robustesse de l’humain de celle de son habitat.
Un abri robuste protège temporairement nos corps des forces naturelles, mais ne les rend pas plus robustes et solides pour autant. Au contraire, il nous permet de demeurer fragiles. Un habitat trop robuste génère souvent une attitude d’apathie ou de laisser-aller, qui accélère la dégradation de nos cellules. En effet, nos maisons ne devraient pas être perçues différemment des huttes de castor, des termitières, des ruches, des nids d’oiseaux ou des amas de coquillages assemblés par les pieuvres. Ces constructions permettent à leurs bâtisseurs de rester aussi souples, adaptables et flexibles que nécessaire à leur survie. Que nos abris soient devenus bien plus robustes que ceux de toutes les autres espèces bâtisseuses est le fruit de notre maîtrise de la technologie, ce qui, selon le mythe, viendrait compenser l’infériorité de nos sens en comparaison du règne animal. Mais quand bien même Prométhée aurait offert le feu à l’humanité pour pallier cette lacune, l’histoire ne nous dit pas comment la technologie devrait être employée pour la construction, et rien ne suggère que sa transposition artistique par l’acte architectural exprime une quelconque robustesse. Nous avons le choix.
La robustesse architecturale n’est pas essentielle à notre bien-être
En Europe occidentale, comme dans d’autres cultures de construction lithiques, les édifices religieux, publics et ceux des classes supérieures étaient conçus pour durer. Ainsi, les matériaux périssables qui les (...)