À l’occasion de la journée d’étude « La guerre au présent. Architecture et Arts visuels », Oleg Drozdov nous a fait part de son désir d’échanger avec Anne Lacaton et Jean-Philippe Vassal. Cet échange n’a pu avoir lieu que partiellement, Oleg Drozdov n’ayant pas été autorisé à quitter l’Ukraine. En faisant réagir Anne Lacaton au thème principal de notre dossier, nous lui soumettons également ses questions, portant notamment sur l’opération de 530 logements à Bordeaux. Un premier échange qui vient de trouver un prolongement à l’occasion du premier Lviv Urban Forum, qui s’est tenu du 28 au 30 juin 2023.
Propos recueillis par Élisabeth Essaïan le 15 mai 2023.
D’a : Qu’est-ce que cette guerre en Ukraine vous fait, en tant que personne, mais surtout en tant qu’architecte ? J’ai un sentiment d’absurdité, d’incompréhension, de colère. Pourquoi détruire avec autant de violence les villes, la vie des gens, les sols, les richesses naturelles. Les conséquences sont lourdes, dramatiques… et pour longtemps. Elles font tout rétrograder. Je ne vois absolument aucune raison, aucun argument qui peut expliquer ou justifier la guerre. D’a : Au-delà de cette guerre, dans quelle mesure les différentes crises actuelles se répercutent-elles sur votre manière de faire de l’architecture ? Des crises comme la pandémie ou la guerre en Ukraine, qui sont imprévisibles, ont des répercussions immédiates que l’on subit. Il y a aussi les crises de long terme, comme la crise climatique ou celle du logement, qui sont là depuis longtemps, qui bien sûr ont un impact sur notre manière de faire l’architecture et qui appellent à changer. Mais il y a aussi des choses fondamentales, constitutives de l’architecture, qui doivent échapper aux crises, qui ne sont pas déterminées par la vérité d’un moment. Quand on parle de l’espace, d’habiter, de la vie collective, de la relation avec le climat, l’économie… ce sont des valeurs essentielles, au-delà des crises. Aujourd’hui, la répétition des crises crée une atmosphère générale de manque de confiance et un resserrement, qui ne porte pas à l’ouverture ou au désir de changement. Il est très difficile d’arriver à poser sur la table des sujets avec plus de générosité. Et pourtant, on a envie de tendre vers cela, et de faire en sorte de ne pas subir en permanence. Les crises n’obligent pas forcément à tout restreindre ou à tout ramener au pire. Peut-être que cela nous pousse, au contraire, à essayer de garder une forme d’optimisme, de protéger quelque chose qui serait plus (...)$##$ « léger », plus humain, plus poétique, et surtout à ne pas perdre l’idée de générosité. Les crises devraient aussi nous pousser à requestionner et à changer nos attitudes. D’a : Oleg Drozdov dit de votre approche : « IIs ont réussi à traduire en une méthode leur propre sensibilité envers le milieu, le climat, la nature et la dimension physique… un sujet existentiel très précis réalisé avec des moyens très modestes. » Je pense que cela part, effectivement d (...)
D’a : Qu’est-ce que cette guerre en Ukraine vous fait, en tant que personne, mais surtout en tant qu’architecte ? J’ai un sentiment d’absurdité, d’incompréhension, de colère. Pourquoi détruire avec autant de violence les villes, la vie des gens, les sols, les richesses naturelles. Les conséquences sont lourdes, dramatiques… et pour longtemps. Elles font tout rétrograder. Je ne vois absolument aucune raison, aucun argument qui peut expliquer ou justifier la guerre. D’a : Au-delà de cette guerre, dans quelle mesure les différentes crises actuelles se répercutent-elles sur votre manière de faire de l’architecture ? Des crises comme la pandémie ou la guerre en Ukraine, qui sont imprévisibles, ont des répercussions immédiates que l’on subit. Il y a aussi les crises de long terme, comme la crise climatique ou celle du logement, qui sont là depuis longtemps, qui bien sûr ont un impact sur notre manière de faire l’architecture et qui appellent à changer. Mais il y a aussi des choses fondamentales, constitutives de l’architecture, qui doivent échapper aux crises, qui ne sont pas déterminées par la vérité d’un moment. Quand on parle de l’espace, d’habiter, de la vie collective, de la relation avec le climat, l’économie… ce sont des valeurs essentielles, au-delà des crises. Aujourd’hui, la répétition des crises crée une atmosphère générale de manque de confiance et un resserrement, qui ne porte pas à l’ouverture ou au désir de changement. Il est très difficile d’arriver à poser sur la table des sujets avec plus de générosité. Et pourtant, on a envie de tendre vers cela, et de faire en sorte de ne pas subir en permanence. Les crises n’obligent pas forcément à tout restreindre ou à tout ramener au pire. Peut-être que cela nous pousse, au contraire, à essayer de garder une forme d’optimisme, de protéger quelque chose qui serait plus (...)$##$ « léger », plus humain, plus poétique, et surtout à ne pas perdre l’idée de générosité. Les crises devraient aussi nous pousser à requestionner et à changer nos attitudes. D’a : Oleg Drozdov dit de votre approche : « IIs ont réussi à traduire en une méthode leur propre sensibilité envers le milieu, le climat, la nature et la dimension physique… un sujet existentiel très précis réalisé avec des moyens très modestes. » Je pense que cela part, effectivement d (...)
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