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Entretien avec Oleg Drozdov, architecte ukrainien, directeur de l’école d’architecture de Kharkiv et cofondateur de la coalition urbaine Ro3kvit.

Architecte, urbaniste, artiste et enseignant, Oleg Drozdov a cofondé, au lendemain de l’invasion totale de l’Ukraine, la coalition Ro3kvit qui oeuvre au développement de méthodologies pour la reconstruction du pays, en concertation avec les habitants. Auteur de nombreux projets, dont le théâtre sur Podoli à Kyiv pour lequel il a été nominé au prix Mies van der Rohe, il a également cofondé, en 2017, la première école privée d’architecture à Kharkiv (KhSA), aujourd’hui déplacée à Lviv. Dans cet entretien, il revient sur la manière dont la guerre a conduit à repenser les approches architecturales et urbaines.


Propos recueillis et traduit du russe par Élisabeth Essaïan.

D’a : Toute situation de crise conduit à questionner le présent et ses pratiques. Dans quelle mesure être plongé dans la guerre redéfinit-il la manière de faire de l’architecture ? 
  Je dirais que cette guerre est avant tout une guerre de civilisation et l’architecture, en tant qu’un des éléments de la civilisation prend une forme d’opposition radicale avec la civilisation contre laquelle elle est en guerre, qui plus est face à un envahisseur. En ce sens, ce conflit entre les civilisations a débuté il y a longtemps, mais il s’est pleinement révélé en 2014. C’est le moment où l’architecture a commencé à être pensée pour la civilisation à laquelle nous avons fait le choix d’appartenir. Il est évident que le 24 février a radicalisé ces changements et, de mon point de vue, les conséquences de cette guerre ne sont pas tant matérielles ou écologiques que sociales et psychologiques, quand bien même il s’agit d’une catastrophe écologique épouvantable.    Des changements colossaux se sont opérés dans le rapport à la ville et dans les relations entre les gens. La moitié des Ukrainiens a connu l’expérience du déplacement et de l’accueil temporaire. Nombre d’entre eux ont acquis des pratiques sociales nouvelles, celles de partager l’espace, de s’adapter à une culture différente, de la respecter, d’acquérir un nouveau mode de vie, à travers la langue, la nourriture, le cérémonial. Beaucoup en ont absorbé la dimension positive et ont aussi peut-être apporté avec eux quelque chose de nouveau. Ainsi, à Lviv, de nombreux bars et cafés se sont ouverts, apportant une culture en provenance d’Odessa, de Kharkiv, de Kyiv… Et de la même manière, les personnes qui se trouvent à Lviv depuis un an ont changé leur comportement.    Revenons à la question du comment faire de l’architecture. Les ressources, qu’elles soient matérielles ou humaines, ont également acquis une importance particulière. Lorsque, à la troisième semaine de la guerre, nous avons commencé à réaliser des hébergements d’urgence (...) $##$ dans une ancienne salle de sport, nous avons utilisé des ressources telles que les échafaudages ou des clôtures, qui vont ensuite revenir à leur premier usage. Cette nouvelle responsabilité devant les ressources fait émerger un nouveau rationalisme et un nouveau pragmatisme. Cela crée des (...)
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