Maîtres d'ouvrages : JUUL Labs France
Maîtres d'oeuvres : Martinez-Barat Lafore architectes ;
Camille Frechou, paysagiste
Surface SHON : 740 m2
Cout : 200 000 euros HT
Date de livraison : 2019
Ce projet de rénovation repose sur une attitude très sélective vis-à-vis de l’état existant considéré comme une somme de couches dont on peut en maintenir toutes les subtilités de lecture, tout en opérant une transformation radicale.
Rompus à l’exercice de la réhabilitation très
économique et ciblée – en atteste leur projet d’installation de la galerie
Continua dans le site d’une ancienne papèterie en Seine-et-Marne (77) –,
les architectes Martinez-Barat Lafore ont très tôt défendu une approche stratégique
de la dépose d’ouvrage et de l’ajout circonscrit de nouvelles intentions. Faire
le vide, augmenter la capacité spatiale, mais aussi ajouter une couche
explicite et localisée qui s’accorde au faible coût de l’opération et aux
exigences du projet, ainsi peut se traduire leur démarche : prendre l’existant,
tel qu’il est, dans toutes ses épaisseurs.
La transformation de ce vaste plateau de bureaux dans un étage d’un immeuble haussmannien se devait rapide et peu dispendieuse. Plutôt que d’opérer une dépose totale du second œuvre, certes interférant avec la lecture noble de l’état d’origine, les maîtres d’œuvre en soustraient seulement le nécessaire ou en recouvrent certaines surfaces. Cette approche assez délicate permet d’initier de nouvelles relations entre les cloisons, alors percées de baies, les dalles des planchers techniques retournées et argentées, et le faux plafond dont seuls la grille et les panneaux de soufflage et d’éclairage ont été maintenus. Par ces rares interventions, l’espace, dans sa lecture, ses perspectives, ses profondeurs, sa luminosité, est fondamentalement redéfini. Entre neutralité et éclectisme.
Cette volonté de gradation et de mise en nuances répond certes à la demande d’efficacité et d’agilité de l’opération mais également à la diversification des espaces de travail. « La consultation menée avec les usagers a révélé l’obsolescence du lieu face à des modes de travail collaboratifs aux fortes variables pendulaires, une réticence envers les espaces clos et une méfiance des espaces trop ouverts perçus comme une entrave à la concentration et au besoin de confidentialité, expliquent les architectes. Ainsi, le projet synthétise différentes cultures de l’espace de travail : bureaux attribués et isolés, espaces ouverts et collectifs, postes de travail informels et mobiles. »
Un travail sur le mobilier renforce cette attitude de précision vis-à-vis de l’espace de travail. Sur la trame réfléchissante du sol, des tables et des bancs sommaires tirés des Autoprogettazione de Enzo Mari sont fabriqués en contreplaqué de bouleau. Ils cohabitent avec quelques canapés Élysée de Pierre Paulin et avec une sélection de mobilier Vitra. « Une collection de plantes dans des bacs de fret sur roulettes circule au gré des réunions informelles. Des cabines téléphoniques mobiles, vaguement anthropomorphes, sont les protagonistes principaux de ce paysage de choses éparpillées. Cette mise à nue de l’espace tertiaire et sa réorganisation par des objets mobiles composent un vaste environnement commun qui lie travail, repos et amusement ; de la confidentialité à la convivialité », concluent les architectes.


