À Montfermeil (93), l’extension de l’école maternelle Paul-Éluard livrée en 2026 par l’agence Bien Urbain assume une posture plus rare dans le paysage scolaire contemporain : celle d’un édifice épais, presque archaïque, où la matérialité prime sur l’effet.
À quelques centaines de mètres de l’ex-cité du Chêne Pointu où ont éclaté les émeutes de banlieue de 2005, l’extension nouvelle d’une école se dresse comme un mur de protection. Ce mur, en pierre massive issue de la carrière de Vassens, constitue le geste fondateur du projet. Non pas un parement, mais une véritable épaisseur constructive qui « contient » l’équipement et fabrique son rapport à la ville. Dans un centre ancien marqué par le grand ensemble dessiné par Bernard Zehrfuss mais aussi par la proximité du château des Cèdres (XVIIe siècle) ou de l’église Saint-Pierre–Saint-Paul (XIIIe siècle), cette massivité n’est pas un pastiche : elle réactive une continuité minérale sans non plus sombrer dans la citation.
Stéréotomie contemporaine
Loin des systèmes industrialisés plaqués ou agrafés, le projet repose sur un travail poussé de stéréotomie rendu possible par un triptyque aujourd’hui rare : une carrière encore active à échelle familiale – Vassens –, un bureau d’études spécialisé – Granits & Matériaux – et une maîtrise d’œuvre capable d’en assumer les conséquences formelles. Les blocs organisent la façade dans son épaisseur. Chaque baie devient une entaille, chaque percée un creusement. La pierre est ici moins assemblée que sculptée, avec une précision qui rappelle que la stéréotomie n’est pas un héritage figé mais un savoir en transformation. Les modénatures, les arêtes, les jeux d’appareillage participent d’un dessin continu où la technique ne disparaît jamais derrière l’image. (...)