Copyright : © Maxime Verret

Au Palais de Chaillot, la rénovation du musée national de la Marine déploie une architecture sobre et inclusive, au service d’un projet muséal renouvelé. Une ambition portée par h2o architectes et Snøhetta, mais dont certains compromis scénographiques interrogent sur la pertinence d’un tel cadre réglementaire.

254 museeMarine 4745Dernier musée national parisien à faire l’objet d’une réhabilitation complète, le musée national de la Marine rouvre ses portes dans l’aile Passy du Palais de Chaillot, après sept ans de travaux. L’établissement, dont les origines remontent à 1748, héberge depuis 1942 une collection unique dédiée aux cultures maritimes. Il se redéploie aujourd’hui sur près de 9 000 m2, entièrement repensés par h2o architectes – mandataires du projet – et l’agence norvégienne Snøhetta.

Plutôt qu’un retour à l’état d’origine, les architectes ont préféré composer avec la complexité du lieu. Aux galeries historiques nommées en hommage aux architectes du premier et second palais du Trocadéro– Davioud côté ville, Carlu côté jardin – s’ajoute une double épaisseur technique, dissimulant tous les réseaux derrière des doublages soigneusement dessinés. La verrière zénithale, les portiques métalliques et les lignes courbes des mezzanines réinventent une traversée fluide, continue, inspirée du mouvement de l’eau. Le projet s’inscrit ainsi dans une vision apaisée de l’espace public muséal, où les dispositifs s’effacent au profit du contenu.

MVerret 0407 h2o architectes and SnohettaMais la véritable singularité du musée rénové réside peut-être ailleurs: dans sa tentative de faire de l’accessibilité non un ajout, mais une qualité intrinsèque de l’espace. Sous l’impulsion de la maîtrise d’ouvrage, un travail itératif a été mené avec l’AMO Handigo pour anticiper les exigences du nouveau label Accessibilité. Un chantier considérable: sur chaque élément – poignées, pentes, seuils, éclairages, signalétique, acoustique –, des prototypes ont été testés, croisés avec les objectifs du label, puis validés sur preuve (plans, photos, rapports). Une procédure d’autant plus inédite que la plupart des lots de rénovation se contentent en général d’une simple déclaration de conformité.

MNM DET 005 PLAN entrance levelMNM DET 021 linear section AA DET AADans les galeries, cette exigence se lit jusque dans les détails: le mobilier fixe a été sculpté pour libérer les cheminements, les assises sont repérables grâce à un marquage en joint creux discret. Tout au long du parcours muséal dans la galerie, le calepinage du plancher ajusté aux courbes du bâtiment est implémenté d’un fin marquage en relief creusé dans le bois. Plus élégant et discret que les habituelles bandes adhésives, ce balisage intégré au parquet permetaux personnes malvoyantes de cheminer d’œuvre en œuvre, contournant assises et obstacles fixes tout en écoutant les informations sur les œuvres émises sur la fréquence des audioguides en plusieurs points stratégiques. Les portes lourdes, traitées par l’architecte en chef des monuments historiques Pierre Bortolussi, s’ouvrent désormais automatiquement; les rampes sont soigneusement prolongées au-delà des volées d’escaliers, les nez de marches sontrétroéclairés, les bandes d’éveil à la vigilance intégrées sans rupture d’esthétique.

Le hall d’entrée a fait l’objet d’une attention particulière, avec son plafond hérissé de projecteurs LED. L’ensemble est programmé pour adapter l’intensité lumineuse de ce sas d’accueilen fonction de la lumière au-dehors et ainsi réduire l’agression sensorielle du contraste. La voûte de la galerie est entièrement traitée en matériau acoustiquement absorbant, afin de limiter la transmission du son favorisée par la forme allongée et ininterrompue de la galerie.Des lames occultantes en PET, suspendues sous la verrière, participent à la fois au confort acoustique et à la modulation de la lumière naturelle.

 

Une conciliation délicate

Mais ce souci d’inclusivité se heurte parfois aux logiques de la scénographie. Conçue par Casson Mann, celle-ciprivilégie une approche monumentale, immersive, parfois spectaculaire: vague animée de 10 mètres de haut, conteneur suspendu, proue de cargo transformée en banque d’accueil… Autant de dispositifs considérés comme démontables – donc dispensés de mise aux normes – malgré leur poids et leur ancrage durable dans le parcours. À l’inverse, et paradoxalement, l’inclusivité s’incarne souvent dans des lieux et moments «à part». Comme cet espace de repos inspiré de la méthode Snoezelen, où coussins géants et luminaires diffuspermettent aux visiteurs en situation de stress sensoriel de s’extraire du tumulte ambiant. Un planning annonce par ailleurs les jours de visites dites « adoucies », où les immenses projections vidéo de navires perdus entre deux lames de fond s’apaisent pour les visiteurs en besoin de répit. (...)

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