« La Balise » est une expérimentation concrète d’un nouveau rapport à l’enveloppe, où la matière remplace la technique pour créer du confort, et où la légèreté d’intervention se confronte aux habitudes de construction et d’usage d’un programme de bureaux.
|
MOE : Bellastock (mandataire) + Palabres (BE fluides) MOA : foncière Bellevilles (maîtrise d’ouvrage déléguée) + Association Halage (maître d’ouvrage et utilisateurs) Entreprises : Caré construction, agencement et réseaux (curage, gros œuvre, cloisonnements /faux plafonds /sols) + Depuis 1920 (constructions bois), Couverture Schartier (couvertures), DRP77 / Le Feu et l’Eau Surface : 740 m2 SDP, dont 660 m2 de halles Calendrier : démarrage des études, juillet 2023 ; livraison, janvier 2025 |
Bellastock réhabilite deux halles industrielles, situées en bord de Seine, sur l’Île Saint-Denis, pour accueillir les acteurs de l’Économie sociale et solidaire (ESS) dans des bureaux en toute sobriété : La Balise. Dans un contexte de forte densification urbaine, ce projet porté par l’agence Bellastock interroge les pratiques de réhabilitation en privilégiant une intervention légère et réversible, sans intervention lourde sur l’existant. L’objectif est moins de transformer que de réactiver la structure originelle en jouant sur les potentialités offertes par l’enveloppe existante. Une réflexion qui remet en question les normes classiques du confort thermique. L’ancienne halle, acquise par la foncière Bellevilles, accueille désormais un bâtiment ERT (établissement recevant des travailleurs), ce classement qui allège les contraintes réglementaires par rapport à un ERP. De plain-pied, elle offre un vaste volume propice à une architecture réversible. Bellastock conçoit ainsi des « boîtes dans la boîte », modules autoportants posés sur des longrines béton périphériques compensant les défauts de planéité de la dalle existante. Chaque module repose sur des portiques moisés-boulonnés, ancrés sur platines métalliques. Grâce à ce système, si la halle devait être vidée de ses bureaux, les seuls déchets résiduels seraient les éléments en béton. L’enveloppe a été réparée au strict minimum : remplacement des joints de toiture, traitement des infiltrations, révision des polycarbonates intégrés aux bacs acier pour maximiser l’apport de lumière naturelle. Aucune isolation n’a été ajoutée en toiture ou dalle.
© Victoria Tanto
Sans isolation mais pas sans confort
La protection passive de l’enveloppe existante, avec ses larges volumes et ses hautes ouvertures, crée un microclimat intérieur. Cette inertie climatique intérieure nivelle ainsi les pics de température les jours de grand froid ou lors d’épisodes caniculaires. Prévenus de cette climatique en soi inhabituelle pour des bureaux et rendus plus tolérants par l’aspect temporaire de leur installation dans les halles, les utilisateurs établis depuis décembre bénéficient d’un espace calme, lumineux, agréable, malgré l’absence de vues directes sur l’extérieur. Le confort thermique, pourtant sans artifices classiques, se trouve assuré par des stratégies simples et efficaces : des études de circulation d’air, menées avec le bureau d’études fluides Palabres, garantissent fraîcheur et ventilation naturelle. La création d’un puits de lumière en polycarbonate, décidée au cours du chantier, contribue aussi au confort thermique en régulant la température intérieure en été comme en hiver.
Réemploi à plusieurs mains
Le chantier, mené en huit mois, curage compris, repose sur une maîtrise fine du réemploi. Les cloisons proviennent d’un curage rue des Petites-Écuries à Paris, et les bois de portiques de l’Académie Fratellini à quelques minutes du chantier. Le bardage bois, également réemployé, a été sourcé par la MOA, avec reconnaissance des essences et tests de mise en œuvre. L’ensemble du projet est conçu pour être démontable. Ainsi, une porte de garage existante est temporairement condamnée par une paroi à ossature bois, vissée, réversible si besoin. Le bureau de contrôle AléaTec, acculturé au réemploi, a validé plusieurs autocontrôles des entreprises et accompagné les adaptations en cours de chantier. Jusqu’à la phase de réalisation, le projet a évolué, en intégrant les retours d’expérience des usagers et les contraintes émergentes : stockage des gisements sur site, fabrication en atelier intégré, coconception avec les entreprises. Les architectes se font ainsi de véritables assembleurs de ressources et les entreprises des partenaires concepteurs. Depuis l’ouverture en décembre, les usagers saluent un lieu calme, lumineux, agréable, malgré l’absence de vues ou d’isolation. Le projet démontre qu’une architecture sobre et réversible, fondée sur le bon usage de la matière, peut offrir un confort réel tout en repensant nos habitudes constructives, en particulier pour un lieu de travail. Une balise, au sens propre, dans un paysage architectural en mutation.
