Les portes affleurantes avec des huisseries sans champlats ont le vent en poupe. Il est loin le temps des années 2000 où la marque Linvisibile captait l’essentiel du marché de la porte furtive avec des solutions élégantes mais onéreuses. De nombreux fabricants ont désormais le pied à l’étrier. Leur offre s’accompagne souvent de plinthes encastrées. Des paumelles invisibles aux boîtes aux lettres, en passant par les stores et les panneaux décoratifs, tour d’horizon des nouveautés en menuiserie intérieure, sans occulter une tendance irréversible : faire du neuf avec du vieux.

« Ceci n’est pas une porte »

Entretien avec Vincent Parreira et Marie Brodin, architectes associés chez AAVP


En 2021, l’atelier d’architecture de Vincent Parreira, AAVP, et l’entreprise Mobius, spécialiste du réemploi et de la production de dalles de faux plancher reconditionnées, ont réalisé 200 tables pour le 10e Forum Bois Construction. Celles-ci furent fabriquées avec les 1 200 portes de l’ancien hôpital Saint-Vincent-de-Paul, à Paris. Au-delà du design vertueux, le projet propose un modèle social d’inclusion par le travail.

 

D’a : Les vieilles portes sont un gisement de réemploi exploité par Hein Ecke, Noma et Encore Heureux, par exemple. En quoi votre projet était-il différent des autres ?

Marie Brodin : « Ceci n’est pas une porte » est un projet que nous avons initié grâce à « Faire », le concours d’idées du Pavillon de l’Arsenal. Mobius, qui était AMO en réemploi sur le site de l’hôpital Saint-Vincent-de-Paul, avait la charge d’identifier les ressources les plus prometteuses. Nous avons aussi associé Ares – un groupement d’entreprises et d’associations consacré à la réinsertion – au projet. L’idée était non seulement d’offrir une seconde vie à des matériaux promis à la déchetterie, mais aussi une seconde chance à des personnes en situation d’exclusion.

Vincent Parreira : Plusieurs architectes et designers se sont lancés dans la transformation des portes. Nous n’avons rien révolutionné de ce point de vue. Le vrai sujet de cette aventure n’était pas de prendre une ressource banale pour en faire du design, mais de favoriser la formation de gens considérés comme des « déchets » par la société. Certaines personnes ne sont pas allées à l’école, ont fait deux ou trois bêtises, ont échappé à la prison… Plus qu’un job temporaire, nous souhaitions leur offrir la possibilité de découvrir le métier de menuisier. Nous étions prêts à les accueillir dans notre atelier, leur montrer comment lire un plan, comment allumer un ordinateur…

 

D’a : Vous êtes pourtant réservés sur l’aboutissement du volet social du projet. Pourquoi ?

M.B. : Nous avions l’ambition de développer un modèle économique de réinsertion et de réemploi, reproductible partout en France. Mais notre modèle économique ne   (...)

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