Copyright : ©Lionel Rault

L’immense renouveau artistique et scientifique de la Renaissance n’aurait pas eu lieu sans les bouleversements économiques et politiques qui se sont produits à la charnière des XIVe et XVe siècles, mettant progressivement un terme au Moyen Âge. Le foyer de cette Renaissance sera l’Italie du Quattrocento. Ce mouvement artistique qui voit la redécouverte des arts pratiqués durant l’Antiquité gréco-romaine impacte puissamment l’architecture et marque la fin de la période gothique, dont le terme a été inventé par Giorgio Vasari pour mieux jeter le discrédit sur cette architecture venue du Nord, en réalité de l’Île-de-France, en l’attribuant aux Goths, alors considérés comme le peuple barbare par excellence. Parallèlement à la peinture et à la sculpture, l’architecture va donc connaître un incroyable renouveau, en Italie d’abord, avant qu’il ne se propage dans toute l’Europe.

La Renaissance, on le sait trop peu, a vu ses plus grands noms – ingénieurs, artistes et architectes – aborder la question qui nous occupe, sur le fond comme sur la forme, de manière théorique au fil des textes comme de manière pratique à travers des réalisations. Les historiens de l’architecture ayant préféré écrire une histoire de la création architecturale, ces bâtiments sont le plus souvent ignorés pour ce qu’ils sont ; voilà pourquoi une autre histoire de l’architecture reste à écrire au prisme de la transformation de l’existant.

Ainsi les plus grands maîtres de la Renaissance italienne, d’Alberti à Palladio en passant par Michel-Ange, ont, eux aussi, pratiqué l’architecture comme l’art de transformer le réel, en s’appropriant édifices médiévaux et antiques, dont ils ont opéré la métamorphose par la construction de parties nouvelles comme par le réemploi d’ouvrages anciens.

Néanmoins à la même époque, malgré le regain d’intérêt pour l’Antiquité et les lois prises par les papes successifs interdisant de piller les monuments antiques romains, le dépouillement des édifices se poursuit avec une intensité inédite, notamment pour produire de la chaux par recyclage des marbres. La contradiction atteint son paroxysme avec la démolition de la basilique paléochrétienne de Saint-Pierre-de-Rome pour construire une basilique de plan centré dans le goût nouveau, qui vaudra à Bramante le surnom d’il ruinante et au pape, obligé de vendre des indulgences pour financer les travaux, l’appel à la Réforme lancé par Martin Luther.



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