Si les
terres fermes ont été presque entièrement explorées et représentées, ce n’est
pas le cas des océans dont seulement 5 % sont aujourd’hui cartographiés,
alors qu’ils représentent 71 % de la surface du globe. C’est en tant
qu’artiste que Nicolas Floc’h s’empare de cette immensité
pour en faire le sujet principal de son œuvre. Ses images, en rupture avec
l’iconographie courante du monde sous-marin, sont aussi édifiantes sur le plan documentaire
qu’efficientes sur le plan esthétique.
Nicolas Floc’h est né en 1970. À 17 ans, il choisit d’être apprenti marin-pêcheur et embarque pour deux ans sur un chalutier. Il est déjà un observateur attentif des ressources du milieu marin. Plus tard, il rejoint l’École des beaux-arts de Glasgow, dont il est diplômé en 1998. Mais il ne quitte pas la mer pour autant. Marin et plongeur, il construit depuis 2010 une œuvre fluide dans laquelle la photographie se conjugue avec la sculpture, l’installation, ou le film. À la différence des peintres et des photographes des paysages terrestres, Nicolas Floc’h ne se tient pas devant ce qu’il voit, il entre physiquement dans ce paysage liquide dont il est partie prenante. Les territoires marins qu’il investit sont la plupart du temps ignorés ou inaccessibles et son œuvre vise avant tout à rendre visible ce monde invisible dans lequel il nous immerge en même temps que lui. Pourtant la performance physique et logistique qu’implique son travail n’est pas perceptible dans les images qui en résultent. Leur dimension documentaire n’affecte pas leur valeur esthétique. Elles sont là, sans effort apparent ni effet visuel, soutenues par des protocoles de prises de vue toujours identiques : le noir et blanc, qu’il considère plus proche de la réalité monochrome des profondeurs, est dévolu à l’inventaire des paysages sous-marins, de la Bretagne au Japon. Ce choix lui permet, dit-il, de s’éloigner des stéréotypes de la représentation des milieux subaquatiques qu’il photographie en lumière naturelle. Quant à la couleur, elle est réservée aux magnifiques et surprenants nuanciers qui témoignent des variations chromatiques de l’eau, en fonction de sa profondeur et de sa composition organique, sans trucage. Les fonds marins se contemplent comme les paysages des pionniers de la photographie, les couleurs de l’eau se regardent comme des peintures abstraites, et les récifs artificiels, présentés ici, comme des (...)