Copyright : ©David HUGUENIN

David Huguenin a pris plusieurs années pour réunir des photographies de l’étang de Thau, dont il est familier. Ce sont des tableaux qu’il a composés, avec des préoccupations qui relèvent de la peinture : plus que les choses, le vide dans lequel elles s’inscrivent ; plus que l’espace, la circulation et la couleur de l’air. De très courts textes du poète Frédéric Jacques Temple leur font écho, comme pour rappeler qu’un paysage procède à la fois d’une représentation, d’une construction, d’une expérience, d’une intimité, d’une réflexion.

Dans ce pays, au bord de l’étang, entre terre et mer, ni lagune, ni Méditerranée, l’eau calme est miroir du ciel. Elle en reflète les humeurs, en amplifie la lumière. Il est des moments où la terre, l’eau et le ciel se condensent, se densifient, s’unissent. Alors l’air lui-même devient matière et se teinte : il est lumière en suspension, précipité de couleur. À l’aube, à l’aurore ; au crépuscule du soir, entre chien et loup, avant que vienne l’obscurité ; avant le grain, quand il menace. Courts moments, brèves durées, pendant lesquels le temps lui-même est suspendu.

Alors les photographies de David Huguenin apparaissent pour ce qu’elles sont : des images arrêtées. Silencieuses. Muettes. Vides, comme on dit qu’une scène est vide, quand il n’y a personne, qu’il ne s’y passe rien. Il n’y a plus qu’à regarder, à rentrer dans l’image pour essayer de retrouver, de respirer, de palper l’air si ténument coloré de ces paysages figés quand le souffle lui-même est en apnée. (...) (...)

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