Réservoir A : le nom rappelle le titre d’un film de Tarantino mais désigne aussi un collectif d’architectes qui semble avoir trouvé dans la ville où il s’est constitué les principes même de sa démarche.
Charleroi, la cité du charbon qui a fait la fortune de la Belgique et financé le développement de son empire colonial… Cette ville n’a cessé de bouleverser son paysage. Déjà au XVIIe siècle quand les ingénieurs militaires du royaume d’Espagne ont transformé ce petit village peuplé d’artisans en place forte en s’appuyant sur une éminence dominant au nord un méandre de la Sambre pour protéger leur frontière des incursions armées de Louis XIV, leur belliqueux voisin. Ensuite quand son sol a été éventré au cours XIXe siècle pour exploiter de manière intensive ses gisements de houille et quand des hauts fourneaux, des forges et des miroiteries sont sortis de terre à proximité de cette abondante source d’énergie…
C’est aussi une ville d’infrastructures : le fleuve tumultueux qui traversait la ville basse a été déplacé et canalisé pour mieux se connecter la gare et à ses voies ferrées. Tandis que des autoroutes ont été lancées dans toutes les directions, transformant cette mégapole en gigantesque nœud routier qui trouve son acmé dans le Ring : un périphérique à sens unique de 5,6 kilomètres de long en partie aérien et en partie souterrain, érigé dans les années 1970 pour desservir la ville haute, l’ancienne citadelle, pour la piétonniser et la sanctuariser.
Les mines ont fermé les unes après les autres quand le pétrole s’est définitivement substitué au charbon, puis les usines quand la mondialisation a délocalisé la production industrielle dans des pays émergents. Il en résulte aujourd’hui un paysage très spécifique, scandé par plus de trente terrils monumentaux constitués de déchets de houille et de schistes, maintenant recouverts d’une flore très particulière, et grevé d’immenses emprises industrielles, souvent en friche… (...)