Agence franco-américaine créée en 2011, Tolila+Gilliland se distingue par la diversité des échelles et la polyvalence de ses réalisations. Un choix délibéré qui traduit une volonté de ne pas se laisser enfermer dans un type de programme. Mais à travers plusieurs commandes, ce sont les relations entre architecture et psychiatrie qui nourrissent plus spécifiquement leurs réflexions et irriguent l’ensemble de leur production, qu’il s’agisse de la place des usagers ou des questions constructives.
Gaston Tolila et Nicholas Gilliland se sont rencontrés en 2001, durant leurs années passées aux Ateliers Jean Nouvel : de 1999 à 2010 pour le premier – il suivra notamment le chantier du Palais de Justice de Nantes – ; de 2000 à 2006 pour le second, qui rejoindra ensuite l’OMA à Rotterdam puis SHoP Architects à New York. Invité dans la matinale de France Inter en juin dernier, l’architecte de la Philharmonie de Paris déplorait : « Ce qui est arrivé comme catastrophe, c’est que maintenant, il n’y a plus d’architecture locale. Il y a une architecture générale. Et cette architecture, c’est la même dans le monde entier. » Le travail de Tolila+Gilliland, comme celui de bien d’autres aujourd’hui, démontre le contraire, ce dont témoigne d’ailleurs chaque année le palmarès du Prix d’architectures 10+1. En France et ailleurs, l’architecture n’a pas été aussi située et ancrée dans un territoire depuis longtemps. Depuis la création de l’agence en 2011, Gaston Tolila et Nicholas Gilliland considèrent les méthodes constructives comme le premier levier de la réduction de l’impact environnemental d’un bâtiment. Ils privilégient les matériaux naturels, bio et géosourcés, au service d’une architecture bel et bien locale.
Ingénieur et architecte, Gaston Tolila est diplômé de l’INSA Lyon et de Paris-Villemin. Avec son accent du Kansas, Nicholas Gilliland est diplômé de Yale University.
En 2002, lorsqu’ils remportent le concours « Architecture for Humanity », rien ne laisse encore présager qu’ils fonderont un jour leur propre agence. Le projet, un dispensaire nomade imaginé pour lutter contre le sida en Afrique, fera l’objet d’un prototype, exposé en 2005 au Centre Pompidou dans le cadre de « D.Day, le design aujourd’hui ». L’année suivante, ils réalisent en Tanzanie un hôpital en bois et briques de terres crues destiné à pallier le manque de structures où les femmes peuvent accoucher en toute sécurité. Un grand écart avec les projets qu’ils mènent alors chez AJN : « On comprenait enfin pour quoi et pour qui on travaillait. » Deux projets, réalisés bénévolement, qui révèlent leur capacité à travailler ensemble et qui marquent le point de départ d’une architecture du care, fil conducteur de leur future production. Leurs parcours divergent ensuite durant quelques années – l’un à Paris, l’autre à New York – mais ils se retrouvent en 2011 pour créer leur agence dans le 13e arrondissement, où ils sont toujours installés.
Grand écart
Leur premier bâtiment, l’atelier Mosquito Coast Factory à Campbon (44), leur vaut le Prix de la première œuvre en 2012. Conçu pour l’artiste Benoît-Marie Moriceau, ce lieu hybride mêle espace de travail, de production et d’exposition, favorisant le croisement des pratiques artistiques. Une œuvre de l’artiste fera office d’honoraires. S’enchaînent ensuite quelques études et des candidatures, jusqu’en 2013 où, associés à TVK, ils remportent l’îlot culturel des Batignolles à Paris. Cette première réalisation d’envergure entraîne un changement d’échelle soudain pour l’agence. Tolila+Gilliland revendique une production variée même si le logement demeure le cœur de leur travail. « Notre production est très diversifiée. Nous apprécions de travailler à toutes les échelles différentes, du petit aménagement au projet urbain, mais aussi de diversifier les programmes. C’est un choix assumé. (...)