Paris Moderne 1914-1945, Jean-Louis Cohen et Guillemette Morel Journel (dir.), Flammarion
21 x 26 cm, 352 p., 49 euros.
Imaginé par Guillemette Morel Journel (autrice dans ces pages et qui a dirigé l’ouvrage) et Jean-Louis Cohen, ce livre aura été le dernier publié juste avant la mort accidentelle de ce dernier cet été. Si c’est un livre mineur dans l’œuvre de l’historien, il n’en demeure pas moins très emblématique de sa capacité orchestrale à convoquer la petite et la grande histoire autour d’un même thème, ici le Paris moderne de 1914 à 1945. En 1979, Jean-Louis Cohen avait été l’un des artisans de la célèbre exposition « Paris-Moscou » au Centre Pompidou qui brassait dans un même mouvement art et société. Le livre est d’ailleurs le catalogue d’une exposition qui s’est tenue cet automne à la Power Station of Art de Shanghai et qui ne viendra malheureusement pas en Europe. Le double plaisir qu’offre sa lecture repose d’abord sur un parti pris : retracer cet âge d’or de la culture occidentale à travers 88 notices biographiques qui vont de Walter Benjamin à Joséphine Baker ou de Tristan Tzara à… Arno Breker ! La place des femmes, 23 sur 88 à une époque où elles étaient considérées avec condescendance, n’est pas la moindre des qualités du livre mais, architectes tous les deux, les auteurs donnent pour une fois une importance majeure à l’architecture, attention rare pour ce genre de rétrospective. Le Corbusier, dont les deux auteurs sont d’éminents spécialistes, y côtoie Loos, Jourdain, Ruhlmann ou Gabrielle Chanel. Dans cette foisonnante galerie de portrait, où le général Lyautey précède Dora Maar, le plaisir est décuplé par l’iconographie aussi savante que ludique et souvent inédite. En contrepoint de ces documents d’origine, une commande passée au photographe Antonio Martinelli offre en introduction 31 magnifiques pages de promenades dans le patrimoine architectural parisien hérité de cette époque si féconde.