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Référence de la contre-culture des années 1960, le Whole Earth Catalog restait un objet culte mais dont nous avions du mal à percevoir aujourd’hui l’importance, si ce n’est qu’il annonçait la révolution environnementale actuelle. Rappelons qu’il proposait toutes sortes d’objets – outils de jardinage, de cuisine, éléments de construction ou abris comme les dômes géodésiques de Fuller ou des livres –, tel un atlas de la connaissance permettant de se réapproprier notre rapport au monde sans passer par le complexe industriel et commercial alors déjà considéré comme une menace écologique. Le talent de Caroline Maniaque est de nous faire comprendre que la leçon de cette aventure repose peut-être moins sur le contenu lui-même que sur les circonstances et la manière dont elle a été conçue et développée. Le livre commence par une biographie de son créateur, Stewart Brand, qui aurait eu la vision de ce catalogue lors d’un trip sous LSD. Mais au cliché de hippies velléitaires, l’autrice oppose des acteurs incroyablement engagés et férus de nouvelles technologies dont l’expérience de mise en relation et de participation des lecteurs anticipe de manière évidente la cyberculture et le monde d’internet. Historienne de l’architecture, Caroline Maniaque se penche plus particulièrement sur la rubrique « shelter » que tenait Lloyd Kahn. On y croise Fuller, Baer, Archigram, Gaudí ou Rudofsky, le solaire et l’autoconstruction. Une approche qui privilégie la « réappropriation de la technologie et l’acquisition de connaissances théoriques ou pratiques assez différentes de celles habituellement enseignées par l’architecture ». C’est ainsi moins les solutions proposées qui nous parlent aujourd’hui que leur potentialité de rompre le cycle délétère de la destruction de la planète.


L’aventure du Whole Earth Catalog, Caroline Maniaque, Éditions Les Productions du Effa, 16 x 24 cm, 144 p., 20 euros.