Petit mais inhabituellement dense, ce livre est l’aboutissement de la dernière provocation de Rem Koolhaas. Il y a dix ans, alors que tout le monde glosait sur les paroles de ce chantre de l’hyperurbanisation, l’architecte tournait son regard acéré à 180 degrés, déclarant que c’est sur la campagne que nous devions désormais porter toute notre attention. Non pas pour préserver les paysages bucoliques de nos aïeux mais parce qu’elle se transformait inexorablement sans que nous nous en fussions vraiment rendu compte. Il en a conçu une ambitieuse exposition, « Countryside, The Future », qui a ouvert en février 2020 au musée Guggenheim de New York et qui devrait se terminer cet hiver. Plus que l’arrière-plan empreint de la nostalgie d’une vie naturelle fantasmée, le territoire non urbain, représentant 98 % de la surface de la planète pour moins de la moitié de ses habitants, est devenu une zone résiduelle entièrement asservie au monde urbain. En parcourant le monde avec son équipe de AMO, Rem Koolhaas rend compte de cet état de fait et témoigne de sa grande diversité, des espaces naturels muséifiés, à l’agriculture intensive aux expériences de cultures biologiques et aux data centers. EC
Countryside, A Report, AMO/Rem Koolhaas, Éditions Taschen/Guggenheim, 16 x 10 cm, 352 p., 20 euros.