Selon Auguste Perret, « l’architecture, c’est ce qui fait de belles ruines ». Celui qui fut le mentor de Fernand Pouillon ne serait pas déçu par ce dernier, plus particulièrement par les innombrables et sublimes édifices qu’il réalisa en Algérie durant plus de vingt ans. Depuis, l’état du pays a condamné à la déréliction, donc à la ruine, donc au sublime, forcément sublime, la plupart des aménagements de Pouillon. Le très beau livre des éditions Macula, platement sous-titré Bâtir à hauteur d’hommes, en témoigne. Il réunit les travaux de deux photographes qui portent un regard radicalement différent sur les mêmes lieux : Daphné Bengoa saisit sur le vif les détails de la vie quotidienne, quand Leo Fabrizio embrasse, à la chambre, la magnificence déchue des pierres. D’Alger à Oran en passant par Ghardaïa et les gigantesques complexes touristiques de Tipasa, El Kala, Sidi Fredj ou Seraïdi (qui comptent souvent plus de 1 000 lits), leurs images nous rappellent que l’œuvre de Pouillon ne s’arrête pas aux monumentaux immeubles de logement algérois, Climat de France et Diar-es-Saâda.
Fernand Pouillon et l’Algérie, photographies de Daphné Bengoa et de Leo Fabrizio, avec un texte de Kaouther Adimi, Macula, 2019, 22,5 x 30,5 cm, relié, 192 p., 45 euros.