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Après avoir fêté dignement les quarante ans du Centre Pompidou en y consacrant trois volumes (De Beaubourg à Pompidou), l’éditeur trublion B2 s’attaque au dernier projet parisien de Renzo Piano avec ce livre passionnant de Laurent de Sutter.

Philosophe, spécialiste de la théorie du droit, ce professeur de la Vrije Universiteit Brussel n’en connaît visiblement pas moins l’architecture. Ce croisement des savoirs – malheureusement trop rare – lui permet de construire une analyse précise, documentée et argumentée dans laquelle il s’interroge sur la relation entre l’architecte et le programme qui lui était imposé, puis entre ses intentions et la réalité de leur avènement. Il dénonce notamment l’utopie selon laquelle, en se déprenant de son rôle coercitif, la justice se transformerait aujourd’hui en administration du soin.

Elle ne se rend d’ailleurs plus dans un palais ou un tribunal, mais dans une cité. « À l’âge de la “Cité judiciaire”, écrit de Sutter, une telle idée est une utopie : en réalité, il n’y a de tribunal que comme lieu de l’ordre ; vouloir faire en sorte qu’il en soit autrement ne peut tenir que du voeu pieux, de l’imbécillité ou de l’hypocrisie. En distinguant entre le temple et l’hôpital, et en refusant d’accepter que l’un fût le revers de l’autre, Piano s’est lui aussi persuadé qu’il construisait autre

chose qu’un tribunal – à savoir : un tribunal d’après le jugement, un tribunal du soin. Il ne s’est pas rendu compte que chacun des choix qu’il avait posés, en le rapprochant de son idéal, le rapprochait aussi de son contraire, car ils étaient une seule et même chose : soigner et punir, accueillir et rejeter, rassembler et séparer. » Post-tribunal, Renzo Piano et l’île de la Cité judiciaire, par Laurent de Sutter, B2 Éditions, janvier 2018, 10 x 15 cm, 72 p., 10 euros.