Étrange coïncidence que cette double
publication en 2013 de deux livres qui semblent se répondre. Le
livre noir des destructions haussmanniennes, avec sa couverture noire
comme une pierre tombale, ne fait pas dans la dentelle. Il nous offre
en revanche un document exceptionnel puisqu’il s’agit de tous les
relevés des bâtiments qui ont été démolis pour mettre en œuvre
le Paris du Troisième Empire. Réalisé à partir de 1851 par
l’architecte Gabriel Davioud, l’ensemble des dessins faits à
partir de ces relevés ont brûlé dans l’incendie de l’hôtel de
ville pendant la Commune. Heureusement, les relevés avaient été
conservés par Davioud, et ce sont les passionnants fac-similés de
ces documents de travail qui sont publiés aujourd’hui. L’ouvrage
de Françoise Choay et Vincent Sainte Marie Gauthier, Haussmann,
conservateur de Paris arrive un peu comme l’antidote du livre de
Pierre Pinon, tentant d’extraire Haussmann des caricatures dont son
travail a été l’objet déjà à son époque. Des extraits des
mémoires du baron qu’avait publiées Françoise Choay au Seuil il
y a plus de dix ans sont ici opportunément reproduits. Ces passages
donnent d’ailleurs envie de se replonger dans ce portrait d’un
homme aux dons et au destin exceptionnels. C’est bien à
une réhabilitation de l’homme que se livrent les auteurs,
déplorant que seule la France dénigre encore le « destructeur du
vieux Paris ». Des témoignages d’admiration de ses contemporains
ou de ses héritiers y sont également publiés. Enfin, photographies
à l’appui, une étude des bâtiments sauvegardés lors du
percement du boulevard Saint-Germain tente de montrer que le baron
savait épargner le patrimoine. Mais c’est sans doute là
l’argument le moins convainquant de ce petit livre, dont le mérite
est surtout de nous inviter à reconsidérer une œuvre que l’on a
souvent jugée trop arbitrairement.
Haussmann, conservateur de
Paris, de Françoise Choay et Vincent Sainte Marie Gauthier, Éditions
Actes sud; 128 pages, 20 euros.
Paris pour mémoire. Le livre
noir des destructions haussmanniennes, de Pierre Pinon, Éditions
Parigramme, 576 pages, 49 euros.