Alors que se prépare l’entretien en distanciel, j’essaie de rassembler tous mes souvenirs des constructions d’Álvaro Siza : un voyage au Portugal dans les années 1980 pour voir ses logements sociaux à Porto, d’autres plus récents pour le musée d’Art contemporain de Serralves, l’école d’architecture ou un pavillon de l’Exposition universelle de Lisbonne et, enfin, un séjour à Porto Alegre pour visiter la Fondation Iberê Camargo.
Mais déjà mon écran témoigne d’une certaine fébrilité. Je reconnais intuitivement Anabela, son assistante, qui s’affaire avec d’autres collaborateurs masqués autour d’une chaise vide. Lentement, l’architecte de 87 ans s’en approche et vient s’y asseoir, devant de hautes piles de dossiers…
D’a : Quel est votre premier souvenir d’architecture ?
Jeune, je ne m’intéressais pas à l’architecture. Mais nous allions souvent avec mes parents visiter des villes de la péninsule Ibérique. Mon père s’investissait toujours énormément dans la préparation de ces voyages : il achetait des livres et des cartes, envoyait des courriers pour définir des programmes très précis de visite. Nous commencions souvent par le marché – dont il disait que c’était le lieu le plus important pour connaître intimement l’identité d’une ville –, puis je le suivais dans les édifices remarquables et les musées. Quand nous sommes allés à Barcelone, j’ai été stupéfié par la richesse des édifices réalisés par Antoni Gaudí, qui s’apparentaient à de la sculpture. Nous sommes allés voir toutes ses constructions mais, quand nous sommes entrés dans la Casa Batlló, mon étonnement était à son comble. Les fenêtres, les poignées de portes, les lambris, les corniches rappelaient l’intérieur de ma maison mais tous ces éléments avaient été complètement métamorphosés et semblaient chanter à l’unisson… (...)