Tout
essoufflé par l’escalier, je pousse la porte du deuxième étage d’un petit
immeuble de la Gerard Doustraat, à Amsterdam, et je pénètre dans l’agence
d’Herman Hertzberger. Assis à une table banalisée parmi les autres collaborateurs
en train de dessiner face à leur écran, un vieux monsieur se lève, vient vers
moi, me regarde d’un air ému et me confie immédiatement, après les formules de
politesse d’usage : « J’ai 87 ans et j’arrêterai de travailler quand
je ne pourrai plus monter jusqu’ici… »
D’a :
Vous rappelez-vous les raisons qui vous ont poussé à devenir architecte ?
C’est une question très difficile. Parce qu’un
choix de vie, c’est toujours un processus très long dont on ne sait jamais
exactement ce qui le déclenche. Mais peut-être que tout a commencé au lycée,
quand l’un de mes camarades a apporté un ouvrage sur Le Corbusier. Les
pages s’ouvraient sur de nombreux dessins et de nombreuses photos de
réalisations et nous avons tous été frappés par la blancheur inhabituelle et
revendiquée de la plupart de ces constructions. Alors que tous les immeubles
autour de nous étaient plutôt gris ou sombres, la villa Savoye et le pavillon
de la Suisse resplendissaient, rayonnaient. Comme si un souffle traversait le
livre, sans doute lié au souvenir des horreurs de la guerre, nous invitant à
imaginer que rien plus jamais ne pourrait être comme avant. Qu’il était
possible d’échapper aux souvenirs du passé, au carcan de la famille, que la vie
pouvait être différente…(...)$##$