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Entretien avec Herman Hertzberger, le 11 mars 2020

Tout essoufflé par l’escalier, je pousse la porte du deuxième étage d’un petit immeuble de la Gerard Doustraat, à Amsterdam, et je pénètre dans l’agence d’Herman Hertzberger. Assis à une table banalisée parmi les autres collaborateurs en train de dessiner face à leur écran, un vieux monsieur se lève, vient vers moi, me regarde d’un air ému et me confie immédiatement, après les formules de politesse d’usage : « J’ai 87 ans et j’arrêterai de travailler quand je ne pourrai plus monter jusqu’ici… »

D’a : Vous rappelez-vous les raisons qui vous ont poussé à devenir architecte ?

C’est une question très difficile. Parce qu’un choix de vie, c’est toujours un processus très long dont on ne sait jamais exactement ce qui le déclenche. Mais peut-être que tout a commencé au lycée, quand l’un de mes camarades a apporté un ouvrage sur Le Corbusier. Les pages s’ouvraient sur de nombreux dessins et de nombreuses photos de réalisations et nous avons tous été frappés par la blancheur inhabituelle et revendiquée de la plupart de ces constructions. Alors que tous les immeubles autour de nous étaient plutôt gris ou sombres, la villa Savoye et le pavillon de la Suisse resplendissaient, rayonnaient. Comme si un souffle traversait le livre, sans doute lié au souvenir des horreurs de la guerre, nous invitant à imaginer que rien plus jamais ne pourrait être comme avant. Qu’il était possible d’échapper aux souvenirs du passé, au carcan de la famille, que la vie pouvait être différente…(...)$##$

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