DA : À mesure que le XXe siècle s'éloigne, s'estompe le socle sur lequel s'était construite la modernité. Ce mouvement s'accompagne, sinon d'inquiétude, du moins d'une grande incertitude.
Philippe Madec : L'inquiétude, c'est aussi « l'intranquillité » de Fernando Pesoa. Pareille inquiétude n'est pas synonyme d'anxiété : elle peut se transformer en capacité à faire. La modernité continue à faire sens et il n'est pas juste d'esquiver le mot, au profit par exemple de la « contemporanéité », qui ne nous inscrit que dans le présent, ou de « l'altermodernité », comme si l'histoire offrait des alternatives. En 2000, j'ai publié, à l'initiative d'une revue italienne, Exist. C'était une sorte de bilan du dernier quart du XXe siècle, dans lequel je m'étais attaché à comprendre comment on avait mis fin au modernisme et au postmodernisme, et comment s'ouvraient de nouvelles portes, que l'on ne sait pas forcément nommer. (...)$##$ L'époque dans laquell (...)