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Après un siècle de modernité, le grand public tient toujours le toit-terrasse en disgrâce. C’est ainsi qu’au XXIe siècle, son utilisation reste interdite dans la plupart des communes de France, tout du moins pour les maisons. Il faut avouer que « terrasse » est un mot dont ne sont pas dignes tous les bacs à gravillons lacérés de tuyaux misérables et de conduits de ventilation approximatifs qui polluent le paysage urbain, pourvu que l’on prenne un peu de hauteur. On cherche en vain les poétiques jardins de Sémiramis que nous promettait Le Corbusier. Se faire imposer un «toit-toit» est ressenti par de nombreux architectes comme une agression, le geste imbécile d’édiles ignorants trop contents de profiter de leur petit pouvoir. De leur côté, des architectes à l’incontestable modernité comme Siza, Nouvel ou Herzog & de Meuron, ont démontré à ceux qui pouvaient en douter qu’il était possible de faire des toits à deux pentes en restant intègre. Aujourd’hui, les nouveaux systèmes d’étanchéité et la maîtrise des techniques de végétalisation rendent économiquement accessibles les toitures plantées. L’inertie thermique qu’elles procurent et surtout l’image « naturelle » qu’elles véhiculent auprès du public ont offert aux architectes une occasion d’échapper à l’indigente alternative : tuile ou ardoise ? Quitte à entrer dans l’architecture par la petite porte, au risque de l’« o-vert-dose ». C’est la multiplication de leur mise en œuvre dans les projets qui nous a conduit ce mois-ci à consacrer un dossier à ces questions. D’autre part, l’importance que revêt pour Marseille et sa région la construction du musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (le Mucem), ainsi que la qualité des projets rendus lors du concours, nous a donné envie de leur accorder une large place dans nos pages, place certes toujours insuffisante au regard du formidable travail que requièrent ces consultations. Emmanuel Caille