Nous interrogeant sur l’indifférence, voire le mépris, que l’on témoigne en France à l’architecture, nous évoquons toujours l’inculture de l’ensemble de la société, édiles et intellectuels compris, envers tous les domaines de l’art de construire. C’est une réalité patente que les architectes éprouvent amèrement tous les jours. Mais les architectes eux-mêmes sont-ils aussi sûrs de leurs compétences pour revendiquer un respect sans lequel il ne peut se concevoir d’architecture de qualité ? Rien n’est moins évident. Ressurgit alors le problème lancinant de l’enseignement de l’architecture. Celui-ci est en crise depuis les années soixante, les réformes se succèdent sans jamais satisfaire personne. Une nouvelle se profile à la rentrée prochaine, qui tente judicieusement de rapprocher structurellement les écoles d’architecture des universités et donc de l’Europe. Mais deux questions essentielles, ne relevant peut-être pas d’une simple réforme, restent posées. L’une est celle de la spécificité d’un enseignement « à la française », qui est une initiation à l’architecture mais pas aux métiers de l’architecture. Le problème n’étant pas de remettre en cause ce système, mais plutôt d’en assumer les conséquences et d’inventer les solutions qui en combleront les lacunes. L’autre question est beaucoup plus taboue, et des voix s’élèveront sans doute pour s’offusquer d’une telle affirmation : le niveau de compétence et de connaissance des étudiants diplômés est souvent très médiocre. Cette déficience tient en partie au fait que le niveau d’exigence des disciplines, autres que celle du projet, est bien inférieur à celui des universités sur lesquelles les écoles prétendent s’aligner. Elle est aussi due à la survivance d’un rite de diplôme à l’issue duquel, par démagogie ou veulerie, le jury n’ose jamais recaler l’impétrant venu en famille. Il ne faut donc pas s’étonner que beaucoup de jeunes diplômés n’ont pas, et n’auront peut-être plus jamais, l’occasion d’acquérir les capacités nécessaires aux missions qui leurs seront confiées. Emmanuel Caille
Magazine n° 137
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