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En sacrifiant le GIP Epau (Groupement d’intérêt public Europe des projets architecturaux et urbains), l’État ne supprime pas une ligne budgétaire mais un cerveau collectif – un outil de recherche-action, d’expérimentation et de capitalisation territoriale patiemment construit. Autopsie d’un désengagement silencieux aux conséquences durables pour l’architecture, l’action publique et la démocratie.

Le 2 décembre dernier, nous visitions l’exposition « Quartiers de demain » à la Cité de l’architecture et du patrimoine, avant son départ en itinérance dans toute la France. C’était la veille du grand raout républicain – en présence de trois ministres – annonçant les lauréats et les succès méthodologiques de cette consultation urbaine d’un genre nouveau, menée sur dix des 1 600 quartiers prioritaires de la Politique de la Ville. Nous nous apprêtions à enquêter sur la transparence de jurys inédits, dont certains membres étaient issus de conseils citoyens.

Sous la présidence d’Emmanuel Macron, la consultation publique s’est en effet souvent révélée un outil d’apaisement aux accents démagogiques – faire croire aux habitants que leurs doléances seraient enfin entendues pour, politiquement, ne rien en faire, voire agir à l’inverse. Les 2 millions de contributions des gilets jaunes, la Convention citoyenne pour le climat… autant d’épisodes nourrissant scepticisme et renoncement. Selon le baromètre 2025 du Cevipof, seuls 26 % des Français déclarent encore avoir confiance dans la politique. Les effets délétères de cette mécanique sont largement documentés, notamment dans l’ouvrage de Manon Loisel et Nicolas Rio, Pour en finir avec la démocratie participative (Textuel, 2024).

Avec « Quartiers de demain », quelque chose semblait pourtant différent. Porté par le GIP Epau, le programme paraissait en mesure de tenir ses promesses d’écoute citoyenne et d’expérimentation d’un mode de fabrication de la ville, à bout de souffle. Vingt jours plus tard, Le Monde révélait que le GIP se voyait amputé de 70 % de son budget, sur décision de Matignon, plaçant de facto la quasi-totalité de ses programmes sur une trajectoire d’extinction. (...)

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