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À Milan, une ville toujours plongée dans une activité économique intense, viennent d’être annoncés les résultats d’un concours international visant la réalisation d’importantes extensions métropolitaines sur des terrains appartenant à la société nationale de chemins de fer.
En 2017, la ville de Milan, la région de Lombardie, la société nationale des chemins de fer italiens et des investisseurs privés ont lancé une consultation internationale pour réaménager de vastes terrains accueillant des ateliers de maintenance et de réparation des trains, sur deux sites distincts à périphérie du centre-ville. Le premier, de plus de 60 hectares, le secteur Farini, s’étend au nord en bordure du cimetière monumental. Il est actuellement occupé par des faisceaux de voies ferrées et des hangars en déshérence à l’arrière de la gare de la Porta Garibaldi, qui s’ouvre à l’est sur les tours de César Pelli qui encerclent la place Gae Aulenti et sur la forêt verticale de Stefano Boeri. Des constructions emblématiques de la mutation du quartier de Porta Nuova, une ancienne zone industrielle gentrifiée au fil du temps.

Au sud, le second site – beaucoup moins important (16 hectares) – correspond à la gare locale de San Cristoforo et à ses annexes qui s’égrènent le long d’un canal navigable historique, le Naviglio Grande.

C’est une opération importante qui peut avoir un réel impact sur l’avenir de la ville. D’emblée, les deux tiers de la superficie des deux opérations devront être réservés à la plantation de grands parcs, des poumons verts capables de régénérer la lourde atmosphère de cette ville dynamique et polluée. Certaines programmations étaient imposées, notamment l’installation de l’Académie des beaux-arts de Brera dans un complexe d’entrepôts désaffectés occupant le centre du site Farini. Mais il fallait aussi prévoir logements et bureaux tout en trouvant des réponses au réchauffement de ces quartiers nord-est où, l’été, le thermomètre monte jusqu’à 36 °C, des performances qui transforment l’espace urbain en fournaise digne des romans de Philip K. Dick.

 

Stratégies et simulations

Les deux sites aux caractéristiques très différentes impliquaient impérativement de définir des principes cohérents et lisibles servant de bases à des aménagements urbains à même de modifier durablement l’avenir de la ville. Les concurrents ont ainsi proposé des stratégies et des phasages ouverts à l’aléatoire, qui se sont figés ensuite dans les planches présentant un état achevé de chacun des projets.

OMA (lauréat) a mis son pragmatisme au service des théories urbaines et climatologiques de Philippe Rahm, récemment appliquées dans son jardin météorologique de Taïwan Baukuh, Christ & Gantenbein, Kempe Thill ont préféré revenir à des solutions plus dessinées. Nicholas Grimshaw a su, dans un premier temps, définir une méthode lui permettant de travailler directement à l’échelle du territoire, tandis que Snøhetta a proposé une solution plus architecturale. Enfin Kengo Kuma a développé un urbanisme nominaliste poussant les éléments préexistants sur le site à persévérer dans leur être propre.

 

Promouvoir un urbanisme climatique

Architectes : OMA (Rotterdam) – Philippe Rahm (Paris) – Laboratorio Permanente (Milan), lauréats

Paysagistes : Vogt Landscape Architects (Zurich)

BET : Net Engineering (Monselice)

Autres consultants : Ezio Micelli (Venise) – Arcadis Italy (Milan)

Avant d’envisager l’édification d’immeubles de bureaux ou de logements, Rem Koolhaas, Philippe Rahm et leurs associés ont ausculté, comme des médecins, le socle géographique sur lequel la ville s’est développée. En fonction des contextes s’implantent d’abord deux « Limpidarium » : des installations naturelles chargées de dépolluer préventivement les sols et d’assainir, au sud, l’eau de la ville, au nord, son air.

Ainsi, à l’emplacement de la gare de San Cristoforo est-il prévu un vaste bassin capable de collecter les eaux des multiples canaux recouverts et des ruisseaux descendant des Alpes qui infiltrent souterrainement la ville pour mieux les nettoyer par phytoépuration. L’été, ce bassin fait office de piscine ouverte à toutes les populations environnantes.

Tandis que sur le site Farini se dresse une bande de plantations qui délaisse les arbres aux feuilles caduques pour leur préférer des résineux et des essences persistantes aux feuilles duveteuses. Ce filtre végétal débarrasse de leurs particules fines les vents venus du sud qui se dirigeront ensuite vers les zones à lotir. Un dispositif complété par des mécanismes prothétiques fabriquant des pluies artificielles qui parachèvent le nettoyage de l’air.

Mais ces vents sont aussi rafraîchis par l’ombre générée par les arbres et par les bassins de rétention des eaux pluviales. Cette zone de plantation dense se constitue aussi comme un pôle froid générant un courant d’air – un vent convectif – vers la zone nord, plus chaude parce que plus minérale et plus densément construite.

Mais venons-en maintenant à cette zone bâtie. Elle est surtout conçue pour rejeter les rayonnements solaires et ne pas les emmagasiner. Les constructions – réactualisant des typologies milanaises, en lanières ou en plots – s’orientent résolument en fonction des vents dominants. Leurs toitures sont claires pour renvoyer la chaleur vers le ciel, tandis qu’au contraire leurs attiques s’assombrissent pour éviter de la répercuter dans les rues.

Mais ce qu’il faut encore signaler, c’est que cette stratégie urbaine évite, avec un certain cynisme, de tomber dans le piège d’un optimisme béat. Ainsi un organigramme montre comment le projet peut évoluer en fonction de la santé économique de la cité. Il peut ainsi se développer a maxima, si la croissance de la ville suit sa courbe ascendante, ou a minima, si elle s’effondre. Dans un cas, ce serait la construction immédiate de gratte-ciels, dans l’autre, simplement un vaste agencement naturel permettant la régénération des sols et de l’air.

 

Composer un parc monumental

Architectes : Baukuh (Milan) – Onsitestudio (Milan) – Christ & Gantenbein (Zurich) – Atelier Kempe Thill (Rotterdam)

Paysagistes : Lola Landscape Architects (Rotterdam)

BET : Tekne Ingegneria (Milan) – Cundall (Londres)

Une proposition plus formaliste consistant à compléter le tracé du cimetière monumental qui s’étend au sud des voies ferrées. Elle dessine ainsi un vaste amphithéâtre de verdure d’où partent en étoile des coulées vertes qui irriguent les quartiers avoisinants. Au centre de l’extension paysagère vient s’élever un dôme de verre qui répond à l’autre extrémité à l’entrée néo-romane réalisée en 1866 par Carlo Maciachini.

Comme à Central Park, ce poumon vert est bordé à l’est et à l’ouest par des alignements de gratte-ciels. Tandis que des îlots plus traditionnels au nord assurent son ancrage sur la Via dell’Aprica qui, reliée par un nouveau pont au centre-ville, devient l’axe principal de ce nouveau quartier.

Quant au site de San Cristoforo, il est redessiné comme un fragment de ville linéaire rappelant le projet de 1930 d’Ivan Leonidov pour Magnitogorsk, alternant stades et parcs entre deux axes de circulation. Ici, entre les voies ferrées et le canal s’immisce un damier dont les cases accueillent plus rationnellement les activités sportives et sociales existantes.

 

Remodeler le paysage

Architectes : Snøhetta (Oslo)

Paysagistes : Grant Associates (Bath)

BET : Arup Italia (Milan) – Systematica (Milan) – Golder (Toronto)

Les voies ferrées sont isolées par un talus, tandis que le long de la Via dell’Aprica s’alignent de hautes îles constituées de tours, semblables à des monts Saint-Michel. Cet alignement détermine une barrière poreuse qui oriente l’ambiance bénéfique du nouveau parc vers les quartiers nord à travers les axes plantés qui les remontent. Ce parc s’étire le long d’un canal artificiel dont le tracé accompagne ce mouvement vers le nord. Au centre, les hangars qui accueillent l’école d’art définissent une vaste terrasse surélevée où se dresse une construction emblématique. Elle propose une relecture contemporaine des arches superposées du Palais de la civilisation italienne construit à Rome pour l’Exposition universelle de 1942. Tandis que, plus bas, l’espace planté coule vers le cimetière par deux ponts-monuments lancés depuis le remblai au-dessus de voies.

La même stratégie se décline le long des voies de la gare de San Cristoforo où se déploie un parc à l’anglaise agrémenté de plans d’eau, dont l’atmosphère cherche ensuite à pénétrer les tissus denses qui l’enserrent.

 

Mutualiser les parcs et redessiner la skyline

Architectes : Grimshaw Architects (Londres) – DAP Studio (Milan)

Paysagistes : Studio Antonio Perazzi (Milan)

BET : Elioth (Londres)

Les principaux espaces verts situés à proximité sont mis en réseau. Et le parc s’étend au-dessus des voies au moyen d’un « écopont » qui dessine un couloir écologique reliant le nord au sud. Cette première phase permet la dépollution du site et sert de base à plusieurs types de solutions. Notamment des bouquets de tours, tous du même type, qui se soulèvent du sol au moyen de pilotis et comportent plusieurs niveaux de jardins suspendus. Ces constructions poursuivent le mouvement amorcé par la forêt verticale et les tours de César Pelli afin d’esquisser une ceinture de gratte-ciels qui, comme à Moscou, entoure le centre-ville.

Sur le second site, des bandes plantées se juxtaposent entre la gare et le canal pour accueillir agriculture urbaine, jardins ouvriers et promenades. Elles sont ponctuées çà et là de serres en forme de bulles échappées de l’Eden Project dans les Cornouailles, la réalisation phare de Nicholas Grimshaw conçue il y a une vingtaine d’années.

 

Amplifier les éléments présents sur le site

Architectes : Kengo Kuma & Associates (Tokyo) – MAB Arquitectura (Milan) – Laps Architecture (Paris)

Paysagistes : Agence Ter (France)

BET : Via Ingegneria (Rome)

Sans se préoccuper de définir des concepts métaphysiques, l’équipe réunie autour de Kengo Kuma et de l’agence Ter a d’abord recensé scrupuleusement les forces en présence pour ensuite les développer et les amplifier. Ainsi les bâtiments existants importants ont-ils été clairement identifiés. Comme les entrepôts ferroviaires destinés à recevoir l’Académie des beaux-arts de Brera et la villa Simonetta, un édifice Renaissance situé hors des limites de l’opération, qui abrite aujourd’hui le conservatoire municipal. De même, la végétation existante a été prise en compte, notamment le couloir écologique qui, protégé de toute intrusion humaine, s’est développé spontanément le long des voies ferrées.

Un parc urbain piéton et cyclable occupe le vide central et s’articule au cimetière monumental par une large passerelle plantée. Tandis que la desserte automobile est déportée vers la périphérie par un arc qui se connecte au centre-ville à travers de nouveaux ponts. De hautes constructions urbaines – préconisées en bois – se greffent sur cet axe tandis que des équipements artistiques – cité des arts, cité de la musique… – complètent Académie de Brera comme la villa Simonetta.

Les aménagements de la gare de San Cristoforo procèdent de la même « pensée faible », pour reprendre la terminologie de Gianni Vattimo. L’écosystème ferroviaire est sanctifié tandis que des promenades plantées et des jardins ouvriers investissent les berges du canal.

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