L’architecte Antoine Stinco, fondateur du collectif Aérolande et de la revue Utopie, membre honoraire de l’Académie d’Architecture nous a quitté le 14 février 2023.
Né à Tunis en 1934, il entre aux Beaux-Arts de Paris au sein de l’atelier d’Édouard Albert, Paul Herbé et Jean Prouvé. En 1967, il présente un diplôme commun avec Jean Aubert et Jean-Paul Jungmann sur le thème de l’architecture pneumatique. Son projet de hall itinérant d’exposition d’objets de la vie quotidienne vient compléter les travaux de ses deux camarades avec qui il avait déjà présenté des objets gonflables à la Biennale de Paris et prototypé les décors de l’adaptation de L’Écume des Jours de Boris Vian. À trois, Aubert, Jungmann et Stinco fondent le groupe A.J.S. Aérolande.
En 1966 il fait partie d’un groupe d’architectes, Utopie, aux côtés d’Isabelle Auricoste, Jean Baudrillard, Catherine Cot, René Loureau, et Hubert Tonka, philosophes, architectes et sociologues. Ensemble ils fondent la revue du même nom dans laquelle ils publieront des architectures de papier en directe filiation avec le Futurisme italien, le Constructivisme et le Suprématisme russes. On trouvera dans ces pages des dômes géodésiques, de l’habitat éphémère et mobile façon Archigram, des exemples d’architecture métaboliste japonaise, le tout accompagné d’écrits radicaux pour leur époque. Les travaux de Stinco sur l’architecture pneumatique le mènent à scénographier l’exposition « Structures Gonflables » au Musée d’Art Moderne de Paris en 1968 et orientent définitivement sa pratique vers les lieux d’exposition.
À partir des années 90, il accède à des commandes publiques importantes, presque toujours pour des restructurations de bâtiments ancien : la rénovation de la Galerie nationale du Jeu de Paume livrée en 1991, l’extension de la Maison de la Culture de Grenoble en 2004, Le palais de justice de Thonon-les-Bains (2006), la transformation des abattoirs de Toulouse en espace d’art moderne et contemporain (2000) le Théâtre National de Bretagne à Rennes (2008) et le Musée des Beaux-Arts d’Angers (2004) parmi de nombreux autres bâtiments et rénovations qu’il signera.
C’est l’œuvre d’un utopiste qu’il nous laisse, dans les espaces qu’il a dessinés, on retrouve un reflet des critiques sociales et politiques des mouvements qu’il a pu côtoyer et fonder. Il rendait hommage aux « époques héroïques » des bâtiments qu’il rénovait. Il mettait un point d’honneur à mettre en valeur le travail de ceux qui l’avait inspiré. Cette attitude, il l’avait résumée dans une interview de 2015 : « Plus mon intervention se fait oublier, plus je suis satisfait. »


