Dans une tribune de 12
janvier 2022, l’Ordre des Architectes d’Île-de-France alerte sur la montée des
marchés globaux qui mettent de côté la qualité architecturale, au profit des
seules performances techniques du bâtiment. « Une fois de plus, nous
sommes soumis au régime de l’urgence. Aller vite, prendre tous les raccourcis,
mobiliser toute la société autour de la transition énergétique, voilà l’urgence
des urgences, personne n’en doute ».
TRIBUNE
« L’immense
majorité des bâtiments de 2050 étant déjà construits, c’est bien sur l’existant
que l’action sera la plus fructueuse pour le climat. Au risque de dégrader nos
villes et notre cadre de vie par l’usage précipité de solutions techniques
inadaptées, telle que la systématisation de l’isolation thermique par
l’extérieur, la transformation des constructions ne peut se faire sans placer
l’architecture au centre de nos préoccupations. D’ailleurs, le code de la
commande publique qui intègre en son sein l’ancienne loi MOP ne s’y trompe pas
en plaçant les architectes au cœur du dispositif du projet architectural, via
le concours de maîtrise d’œuvre.
Et
pourtant, les marchés globaux, tendanciellement en hausse (cf. le dernier
rapport trimestriel de la MIQCP) mettent de côté l’intérêt public de la qualité
architecturale, au profit d’une vision court-termiste des seules performances
techniques.
Certes,
« l’acheteur public », pense y trouver son intérêt. Bien souvent
démuni en termes de moyens humains, il espère un gain de temps lié à un
interlocuteur unique. Le rapprochement des équipes d’études de conception et
des équipes travaux, représente aussi à ses yeux une garantie d’adaptation
optimale de la conception à l’outil de production.
Encadrés
par les critères prévus à l’article L.2171-2 du CCP pour les marchés de
conception-réalisation ou aux objectifs de performance précisés à l’article
L.2171-3 du CCP pour les marchés globaux de performance, pour la maîtrise
d’ouvrage publique, ils représentent surtout une forme d’assurance de bonne fin
d’opérations. Pour autant, ceux-ci présentent de nombreux travers.
Commençons
par les conséquences négatives sur le tissu des PME d’un recours systématique
aux entreprises générales qui concentrent la commande. Regardons aussi les
finances publiques, avec un bilan qui va vers un renchérissement général des
opérations, y compris sur les coûts de maîtrise d’ouvrage qui multiplient les
AMO externes pour suivre et gérer ces marchés, juridiquement complexes.
Interrogeons le bilan pour les économies locales, puisque l’argent public
investi, c’est-à-dire l’impôt versé par les contribuables, part alors vers de
grandes entreprises extra-locales, au détriment de l’emploi et des territoires.
Soulignons
aussi que les maîtres d'ouvrages contractualisent trop souvent ces marchés sur
la base d'un seul avant-projet sommaire reléguant le développement ultérieur du
projet architectural au bon vouloir de l’entreprise mandataire.
Que dire de l’accès à la commande publique pour les jeunes agences d’architecture qui sont exclues de ce type de marchés, comme le sont également nombre d’agences de taille moyenne ?
Que dire enfin, de la solitude des maîtres d’ouvrage qui ne bénéficient pas des conseils de l’architecte assermenté, l’entreprise mandataire étant leur seule interlocutrice ?
L’élargissement du recours à ce type de marché, y compris
pour des projets publics de petite taille, nous conduit à dénoncer les
tentatives de systémisation quant aux projets de rénovations énergétiques. Il
est pourtant urgent de profiter de cette volonté politique de réhabilitation
énergétique pour concevoir et construire des projets de qualité. Sujet majeur
de la ville de demain, la rénovation énergétique ne doit pas être envisagée
sous l’angle unique de la performance technico-économique de court terme,
laissant de côté la beauté des villes, leur valeur d’usage, leur valeur
patrimoniale de long terme, leur valeur culturelle et affective, leur valeur
écologique.
Chaque occasion de transformation doit permettre
systématiquement l’amélioration du cadre de vie. Permettre aux architectes
d’exercer pleinement leur métier, c’est répondre aux attentes urgentes et renouvelées des
habitants en termes de qualité de vie.
Dans l’intérêt général et dans celui de la qualité de notre cadre de vie, le Conseil régional de l’Ordre des architectes d’Île-de-France fait état de 3 propositions :
Réaffirmons le devoir de conseil de l’architecte
Le devoir de conseil fait partie de notre code de déontologie, il faut en préserver les conditions d’existence, pour cela, rétablissons la relation directe entre l’architecte et son client comme essentielle, ne la remettons pas en cause.
Plaçons l’architecture au centre de la rénovation énergétique
L’architecte est le seul à même de garantir, comme le lui confère la loi du 3 janvier 1977, pour le public, les arbitrages nécessaires à l’élaboration d’un projet architectural acceptable par tous.
Réaffirmons le concours de maitrise d’œuvre
Plus que jamais, il nous faut maintenant faire vivre
l’article 5.1 de la loi de 1977 qui encourage le recours aux concours de
maitrise d’œuvre et l’appliquer au champ de la rénovation énergétique : « Les
maîtres d'ouvrage publics et privés favorisent, pour la passation des marchés
de maîtrise d'œuvre ayant pour objet la
réalisation d'un ouvrage de bâtiment, l'organisation de concours
d'architecture, procédure de mise en concurrence qui participe à la création, à
la qualité et à l'innovation architecturales et à l'insertion harmonieuse des
constructions dans leur milieu environnant ».
www.architectes-idf.org