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Depuis l'ouverture d'une première boutique en 1870 dans l'arrière-salle d'un café voisin du Louvre, la Samaritaine n'a eu de cesse de s'étendre jusqu'à occuper tout un secteur entre le Pont-Neuf et la rue de Rivoli. Ce grand magasin fait de bric et de broc, du type de celui décrit par Zola dans Au Bonheur des Dames, reste indissociable de son architecture. De son corps Art nouveau d'abord, construit par Frantz Jourdain, avec sa grande verrière et ses volutes d'acier, et surtout de sa façade sur la Seine composée par Henri Sauvage – une époque où l'architecture était déjà au service de l'image des marques. Rachetée par LVMH en 2001, la Samaritaine avait fermé quatre ans seulement après sa reprise, les structures métalliques et les planchers en pavés de verre des bâtiments de Jourdain et Sauvage se révélant incompatibles avec des normes incendie devenues draconiennes.

Que faire alors de cet ensemble composite, inscrit à 80 % à l'Inventaire des Monuments historiques mais obligé d'évoluer pour pouvoir être de nouveau utilisé ? Le programme a fait l'objet d'une âpre négociation entre LVMH et la Ville de Paris, cette dernière imposant l'ajout d'une crèche et de logements sociaux aux commerces, bureaux et à l'hôtel prévus dès le début. C'est SANAA qui aura la charge d'insérer ce programme complexe dans un secteur qui l'est tout autant, un choix conforme au bon goût qui sied à ce quartier de Paris. Sa proposition décline le type de l'îlot parisien organisé autour d'une cour. Côté Seine, l'intervention de SANAA s'annonce limitée. L'aspect du bâtiment de Sauvage ne changera pas, mais son intérieur devrait être totalement bouleversé par Édouard François pour en faire un palace Cheval Blanc. La verrière et l'atrium de Jourdain seront rendus à leur état d'origine sous l'œil attentif de Jean-François Lagneau, architecte en chef des Monuments historiques.

 

C'est côté Rivoli que le travail de SANAA sera le plus spectaculaire. L'arrière du bâtiment de Jourdain sera incisé en son cœur pour faire descendre la lumière jusque dans ses tréfonds. En lieu et place d'un amas d'immeubles ordinaires, s'élèvera un nouvel îlot qui cohabitera avec quelques rescapés du XVIIesiècle. Quel accueil la sérénissime rue de Rivoli fera à cette houleuse façade ? Comment les espaces éthérés qui ont fait le succès de SANAA résisteront-ils aux diverses armadas normatives, celles-là même qui ont rendu l'architecture de Jourdain et Sauvage obsolète ? 
Affaire à suivre.