Maîtres d'ouvrages : Institut Pasteur
Maîtres d'oeuvres : jaq (architecte mandataire) ; BE Structure Batiserf ; BET Fluides Gopura ; Économiste Alayrac ; BE Acoustique PEUTZ
Entreprises : -
Surface SHON : 1 300 m2
Cout : -
Date de livraison : 2022
Croisant les contraintes d’un campus urbain historique, les impératifs de densification d’un Institut farouchement attaché à son adresse parisienne, et les obligations de rapidité d’exécution d’un site occupé, la jeune agence d’architecture jaq livre, au sein du campus de l’Institut Pasteur à Paris, l’extension et la rénovation du centre de vaccination (CMIP) associées à la création d’un Centre de Recherche et d’Innovation en Audiologie Humaine (CERIAH).
Le campus où l’immobilier se meut aussi vite que la recherche
Sur cinq hectares au cœur du 15e arrondissement de Paris, le campus de l’Institut Pasteur réunit 39 bâtiments édifiés au long de 135 ans d’histoire. Il constitue une collection bâtie qui dépeint les écritures architecturales passées mais aussi l’évolution des besoins de la recherche, puisque chaque projet est né d’un besoin scientifique. Sans cesse en mutation, le campus requiert toujours davantage de surface. Malgré des limites imposées par le foncier, par les réglementations urbaines locales et par la pression du voisinage, le campus Pasteur regorge d’inventivité pour se densifier à tout prix : s’enterrer, s’élever et s’étendre. Tel un palimpseste, Pasteur se réinvente sur le même territoire, pour demeurer parisien et conserver son attractivité et son prestige international. Le projet du CMIP-CERIAH livré par jaq incarne toutes les complexités du site Pasteur : une rénovation et extension sur 4 niveaux dont un sous-sol, un programme mixte bureaux et laboratoires, à la fois privé mais aussi accessible au public, en dialogue avec un patrimoine existant. Le CMIP constitue un véritable témoin des stratégies urbaines de l’Institut Pasteur mais reflète plus largement les problématiques métropolitaines imminentes de densification, mixité programmatique et de réversibilité.
Un phasage en co-activité
symptomatique d’un campus de recherche intramuros
Aux problématiques de densification permanente et de contraintes urbaines de l’Institut Pasteur s’ajoutent celles, non moins complexes, de phasage et de la co-activité. Ce projet de restructuration a la particularité de convoquer toutes les contraintes auxquelles se confronte l’Institut Pasteur dans ses projets immobiliers et patrimoniaux ; maintenir l’activité d’un bâtiment tout au long du chantier, mettre en place un système adapté de gestion des flux, gérer les nuisances de chantier par rapport au voisinage, définir un calendrier global en intégrant le déménagement des équipes de recherche et de médecins en amont.
Le chantier se déroule donc de façon successive : trois grandes phases s’enchaînent en « opération tiroir » pour permettre la restructuration globale du bâtiment avec la rénovation du hall d’accueil du centre médical, la création d’un sous-sol dédié à la recherche auditive, l’extension tertiaire pour les besoins de l’Institut, ainsi que la rénovation complète des espaces de consultation des étages.
Du fait de cette complexité de mise en œuvre, et de cette temporalité de chantier allongée, le projet se transforme constamment pour s’adapter à la fois aux aléas d’une restructuration mais également aux évolutions des besoins programmatiques de l’Institut. La richesse de ce projet tient dans l’accumulation de ces couches de contraintes qui nourrissent les espaces intérieurs des différentes phases d’intervention pour livrer, in fine, un ensemble architectural cohérent et adapté aux besoins de ce campus de recherche parisien.
Trouver la qualité, passée la contrainte
La rénovation du bâtiment existant du CMIP – dont il reste une dernière phase prévue pour les années à venir – lui permet d’être reconsidéré, curé, sublimé et révélé par un nouveau regard contemporain. L’extension réinterprète les codes de l’existant pour proposer des espaces au-delà des standards. La hauteur d’étage en constitue sans doute l’exemple le plus frappant : accolé à un bâtiment avec 4m de hauteur sous dalle, le nouveau bâtiment profite de dimensions hors norme et propose des bureaux de 7m2 avec plus de 4m sous-plafond. Ainsi, malgré une surface en deçà des moyennes – environ 30% plus généreuses dans des programmes similaires, le projet profite d’une opportunité et apporte la générosité dans la hauteur.
Par respect du PLU et des prospects, le projet d’extension présente des reculs, redans ou joints creux en intérieur comme en extérieur et donne à voir l’existant. Le projet engage également un dialogue avec le bâtiment en pierre classé aux monuments historiques auquel il fait face, grâce à une structure autoportante similaire en pierre massive de Bourgogne. La contrainte d’un site occupé influe elle aussi sur le système constructif. Une structure en métal avec des planchers en solives bois a été choisie, de sorte à avoir un maximum de chantier sec et une exécution rapide. L’ambition de s’adapter aux contraintes guide le projet, lui permet de s’affranchir des normes et de proposer une qualité d’usage remarquable.
L’obsolescence inévitable d’un programme de recherche implique d’anticiper la réversibilité du bâti. Toute la technique est donc laissée apparente pour faciliter la maintenance au quotidien mais aussi les mutations à venir. De plus, jaq conçoit et dessine le moindre détail laissé apparent (coudes, chemins de câble, CVC…) pour qu’il participe à la qualité spatiale au-delà des besoins des techniques. L’alliance du raffinement avec la performance et la qualité d’usage se retrouve jusque dans le travail du bois : menuiseries en bois non-aboutées, allèges extérieures en bois rainurées, soubassements intérieurs en contreplaqué de hêtre vernis pour protéger des chocs, ou encore banquettes sur mesure d’une élégance rare.
Définie comme qualités indispensables pour des programmes bien trop souvent aveugles, la lumière et la transparence sont maîtresses dans le projet. Les bureaux sont largement vitrés, parfois même en double ou triple orientation, les couloirs sont éclairés naturellement et en second jour au travers de portes vitrées, et les espaces collectifs donnent sur le cœur du projet : un patio prochainement planté.
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L'agence
Entre matière et immatériel, flux et ancrage, jaq réinvente l’architecture des bâtiments de recherche pour leur offrir une incarnation conforme aux enjeux du présent. La recherche était réputée méconnue du grand public. Et pour cause : des sujets ardus, des bâtiments opaques, high tech ou souterrains, des communications cryptées, des interactions avec le réel limitées, une conscience parfois dévolue aux intérêts du privé… Elle était, plus encore que l’architecture, une affaire de spécialistes. À la faveur des méga-crises récentes, la recherche a acquis un nouveau statut : elle est devenue d’actualité, incarnée, politisée. Elle occupe soudainement une place essentielle dans ce vaste inconscient collectif qu’est l’espace médiatique et bénéficie d’une aura rarement égalée. Désormais vitale, elle doit nous protéger contre le cancer, la Covid, le réchauffement climatique, tous ces maux qui nous menacent, individuellement et collectivement. La recherche n’est plus à côté de la société, elle fait désormais corps avec elle, à la vie à la mort. Et les chercheurs sont devenus des figures familières : on les lit dans les journaux, les entend à la radio, les voit dans les talk-shows. Pas de doutes ce sont des humains : Birkenstock-chaussettes ou signes cabalistiques, acharnés ou rêveurs, hommes ou femmes, ils travaillent dans leur monde mais leur monde c’est le nôtre. Les deux jeunes architectes associés de jaq, Clément Jaglin (1993) et Thomas Quenault (1987) consacrent leur travail à doter les chercheurs des espaces dont ils ont besoin. Pour travailler dans des lieux qui correspondent à leurs modes opératoires d’une part. Pour refléter et promouvoir les valeurs de la recherche d’autre part. Car si l’architecture est du marketing, plus que jamais la recherche a besoin d’une nouvelle incarnation pour correspondre aux aspirations de celles et ceux qui la font, les chercheurs et futurs chercheurs, et celles et ceux qui la soutiennent : l’État, les fondations privées, les citoyens. Travailler sur le sujet des laboratoires de recherche donne aux deux architectes l’occasion de revenir aux sources de l’architecture : la relation entre la matière et les flux, entre ce qui sépare et ce qui relie. Cette inversion des paradigmes, entre le soft et le hard, guide une architecture faite d’ancrages, de références, et d’une matérialité qui éventuellement se risque dans l’ornement et le vernaculaire mais qui se double, à l’intérieur, d’une légèreté, d’une transparence et d’une fluidité faites dogme.
Car la recherche est ancrée : dans un Campus au cœur de Paris pour la Fondation Pasteur, dans un campus hospitalier comme à Lille, dans un nouveau cluster comme à Lyon Gerland, elle s’installe dans des territoires avec lesquels il est stratégique de cultiver des liens de réciprocité. C’est pourquoi jaq privilégie l’ancrage à l’existant (un bâtiment Art-déco, des figures haussmanniennes parisiennes, etc.), que leur architecture perpétue. Car la recherche n’est pas hors-sol. Elle s’inscrit dans des continuités et des filiations avec son territoire, son histoire, son contexte. D’où l’usage de la pierre de bourgogne, de la brique locale, la mise en œuvre du béton de chanvre, de la terre, du bois : autant de matériaux et de savoir-faire que l’agence s’attache à activer dans ses projets pour la recherche, avec des bâtiments qui recherchent aussi des solutions locales pour un avenir durable. La sobriété des bâtiments de jaq est leur manière de faire allégeance au présent, de convaincre de leur attention aux ressources dépensées, d’anticiper, par leur résilience et leur robustesse, des temps et des climats qui s’annoncent difficiles. La recherche évolue. Il faut la doter d’outils actuels sans présager l’avenir ni l’oblitérer. Héritier d’une pensée fonctionnaliste, les architectes s’attachent à alléger les dispositifs intérieurs pour favoriser la mutation, la flexibilité en privilégiant les systèmes et les liaisons apparentes, même s’il est toujours plus difficile de montrer que de dissimuler. L’extérieur en revanche se fait robuste et tenace pour durer quoi qu’il arrive, sans maintenance complexe ni coûteuse. La recherche est structurée et jaq est attaché à fonctionnalité et la radicalité du plan. Du labo au bureau, du bureau à la salle de réunion, les transitions quotidiennes sont rationalisées et facilitées, évidentes. Elles sont également magnifiées et éprouvées par la lumière, les vues, les sols. Car la recherche est vivante : elle est portée par des hommes et des femmes qui passent le plus clair de leur temps dans ces lieux de travail très particuliers. Favoriser leur rencontre fortuite mais quotidienne permet d’activer des interrelations et des stimulations qui sont bénéfiques à leur champ comme à leur expérience de travail. Tous les programmes servants ou annexes tels que les cafétérias, salles de repos, tisanneries, sont systématiquement mis en relation au bénéfice d’un espace commun plus généreux, plus convivial, plus vivant : moins stigmatisant. Car la recherche est en ville et les laboratoires de recherche ne sont que des espaces de travail particuliers. Sortir de l’isolement, s’inscrire de plain-pied dans un écosystème urbain, sont des marqueurs d’une approche différente de la recherche qui revendique la transparence, la visibilité, la reconnaissance et peut-être finalement la banalisation ; pour attirer de futurs chercheurs comme de futurs soutiens, quoi de mieux que des bâtiments accessibles, lisibles et attirants ?


















