Copyright : © Salem Mostefaoui

L’école de musique, de danse et de théâtre de Sallanches, située dans la vallée de l’Arve en Haute-Savoie, a obtenu de Grand Prix de la critique 2025 décerné par notre revue. Réalisée par l’agence LiNk, associée à DLD architectes, elle fut unanimement saluée par les jurés qui l’ont visitée pour son intelligence de situation, ses qualités typologiques et spatiales ainsi que pour le raffinement de son écriture architecturale, servi par une exécution remarquable.

 

Maître d’ouvrage : Mairie de Sallanches

Maîtres d’œuvre : LiNk architectes (mandataires), DLD architectes (associés), CM (économiste), EVP (structure), Ingénium (fluides), Génie acoustique (acoustique)

Surface : 1 458 m2

Coût : 5 996 800 euros HT

Calendrier : concours, 2022 ; livraison : 2025

 

L’entrée de ville de Sallanches est aussi triste et banale que son grand paysage alpin est sublime. Cette plaine glaciaire est traversée par une grande route entrecoupée de ronds-points qui desservent des bâtiments commerciaux sans qualité. Pour construire son nouveau conservatoire, la municipalité a choisi une parcelle en deuxième rideau de la route, à côté d’un gymnase existant avec lequel il partage le stationnement. Au premier abord, il pouvait paraître incongru de placer ici, dans cette zone commerciale, un équipement culturel municipal qui aurait sans doute plus légitimement trouvé sa place le tissu urbain du centre. Force est de reconnaître que les architectes ont su relever le défi en donnant aux utilisateurs le sentiment d’être ailleurs que dans un non-lieu urbain.

Shakkei

C’est d’abord le raffinement d’une grande toiture de zinc faite d’émergences singulières et de rives finement ciselées que le visiteur perçoit au premier regard. En dessous, un parvis couvert aux lignes épurées l’accueille avant qu’il ne pénètre dans un hall d’entrée généreux et découvre un jardin au centre de l’édifice, cœur végétal qui l’accompagnera tout au long de son parcours. Toutes les circulations s’organisent autour de ce patio, à partir duquel le bâtiment recrée un monde en soi. Le paysage formé par le ciel et les montagnes entre en son sein, comme un shakkei. Ce concept japonais, que l’on peut traduire par « paysage emprunté », évoque l’idée que, au-delà des limites cadastrales d’un domaine, il existe un paysage qui n’appartient pas au propriétaire mais dont il dispose de la jouissance esthétique. Depuis les façades vitrées du jardin, lui aussi japonisant, s’ouvrent alors de multiples vues sur les cimes enneigées des massifs des Aravis à l’ouest et du Mont-Blanc à l’est. Ces sommets dialoguent avec les différentes toitures, dont deux émergences majeures correspondent aux volumes de la salle de danse et de celle de spectacle. Les architectes y dissimulent aussi discrètement quelques locaux techniques de traitement de l’air, tandis que de hautes fenêtres, sur leurs pignons droits, cadrent le paysage aérien.  (...)

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