Couronné du Prix d’architectures 10+1 2024, l’Espace social commun du quartier de Maurepas, à Rennes, réalisé par l’agence lilloise Béal et Blanckaert associés aux Rennais Bourdet et Rivasseau, est une étonnante agglutination de « maisons » fort accueillantes dans un secteur urbain réputé difficile. À l’opposé d’une architecture de services sociaux à l’esthétique souvent tertiaire et intimidante, la domesticité de ces espaces change la relation entre l’administration et ses usagers. Ce projet nous rappelle avec brio que l’architecture doit avant tout être facilitatrice des relations humaines.
| Maîtrise d’ouvrage : Paris Habitat OPH (pour ordre Ville de Paris DFPE et DSP) Maîtrise d’œuvre : Guillaume Ramillien Architecture (Guillaume Ramillien, Thibault Girardi, Naïs Campedel, Théophile Bianciotto, Marc Rousseau) ; Bloom (paysage) ; Ai Environnement (fluides et HQE) ; EVP (structures) ; CS2N (économie) Programme : multi-accueil de 99berceaux, centre PMI +espaces publics Surface plancher : 1350m2 Coût: 4,08 millions d’eurosHT (3020eurosHT/m2SP) +580000euros HT (espaces publics) Calendrier : concours, 2017 ; livraison, 2024 |
© Louis Duboys Fresney
Le 19septembre dernier, un article du Monde signé Claire Ané décrivait le phénomène de maltraitance institutionnelleque génèrent les services sociaux de notre pays. S’appuyant sur un rapport de l’association ATDQuartMonde, la journaliste soulignait que la complexité des procédures d’accès aux aides amplifiait la pauvreté qu’elles étaient censées combattre. Le rapport pointait la difficulté des démarches à accomplir, leur caractère parfois kafkaïen et la suspicion administrative érigée en méthode de gestion. Les lourdes conditions de délivrance des aides aggravées d’interfaces numériques sophistiquées poussent ainsi des millions de personnes à renoncer à leurs droits. L’article faisait aussi état du caractère inhibant de l’accueil bureaucratique, de sa frontalité. En somme,franchir leseuil d’un organisme d’aide sociale est pour beaucoup un acte intimidant et l’enlisement dans les méandres des démarches provoquent un sentiment disqualifiant d’incompétence, voire de honte, qui renforce l’isolement.

Un programme complexe
Un architecte lisant ces lignes ne pouvait s’empêcher de visualiser un accueil sévère de guichets alignés, équipés d’hygiaphones anti-Covid, séparant une froide salle d’attente d’un back-office opaque et profond, sorte d’universbureaucratique pensé par un Jacques Tati qui aurait perdu le sens de l’humour. Heureusement, le nouvel Espace social commun de Maurepas nous montre qu’un autre accueil est possible, capable de mettre à l’aise, d’être bienveillant, (...)