Copyright : © Stéphane Chalmeau

Couronné du Prix d’architectures 10+1 2024, l’Espace social commun du quartier de Maurepas, à Rennes, réalisé par l’agence lilloise Béal et Blanckaert associés aux Rennais Bourdet et Rivasseau, est une étonnante agglutination de « maisons » fort accueillantes dans un secteur urbain réputé difficile. À l’opposé d’une architecture de services sociaux à l’esthétique souvent tertiaire et intimidante, la domesticité de ces espaces change la relation entre l’administration et ses usagers. Ce projet nous rappelle avec brio que l’architecture doit avant tout être facilitatrice des relations humaines.

Maîtrise d’ouvrage : Paris Habitat OPH (pour ordre Ville de Paris DFPE et DSP)
Maîtrise d’œuvre :
Guillaume Ramillien Architecture (Guillaume Ramillien, Thibault Girardi, Naïs Campedel, Théophile Bianciotto, Marc Rousseau) ; Bloom (paysage) ; Ai Environnement (fluides et HQE) ; EVP (structures) ; CS2N (économie)
Programme : 
multi-accueil de 99berceaux, centre PMI +espaces publics
Surface plancher :
1350m2
Coût:
4,08 millions d’eurosHT (3020eurosHT/m2SP) +580000euros HT (espaces publics)
Calendrier : 
concours, 2017 ; livraison, 2024

 

© Louis Duboys Fresney 

Le 19septembre dernier, un article du Monde signé Claire Ané décrivait le phénomène de maltraitance institutionnelleque génèrent les services sociaux de notre pays. Sappuyant sur un rapport de lassociation ATDQuartMonde, la journaliste soulignait que la complexité des procédures daccès aux aides amplifiait la pauvreté quelles étaient censées combattre. Le rapport pointait la difficulté des démarches à accomplir, leur caractère parfois kafkaïen et la suspicion administrative érigée en méthode de gestion. Les lourdes conditions de délivrance des aides aggravées dinterfaces numériques sophistiquées poussent ainsi des millions de personnes à renoncer à leurs droits. Larticle faisait aussi état du caractère inhibant de laccueil bureaucratique, de sa frontalité. En somme,franchir leseuil dun organisme daide sociale est pour beaucoup un acte intimidant et lenlisement dans les méandres des démarches provoquent un sentiment disqualifiant dincompétence, voire de honte, qui renforce lisolement.


Un programme complexe

Un architecte lisant ces lignes ne pouvait sempêcher de visualiser un accueil sévère de guichets alignés, équipés dhygiaphones anti-Covid, séparant une froide salle dattente dun back-office opaque et profond, sorte duniversbureaucratique pensé par un Jacques Tati qui aurait perdu le sens de lhumour. Heureusement, le nouvel Espace social commun de Maurepas nous montre quun autre accueil est possible, capable de mettre à laise, dêtre bienveillant, (...)

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