Maîtrise d'ouvrage : Ville de Bruges
Conduite d'opérations : Bordeaux Métropole
Maîtrise d'œuvre : Compagnie architecture (Chloé Bodart et Jules Eymard) ; Pollen, paysagiste ; Albert & Co, BET fluides et environnement ; Cesma, BET charpente bois ; Hoeco, économiste et OPC
Entreprise mandataire du groupement : Charpente Cénomane, charpente ossature bois et mobilier bois ; gros œuvre, Legendre
Programme : 6 classes de maternelle, 10 classes d’élémentaire, 1 restaurant scolaire, 1 pôle périscolaire
Surface SDP : 2 800 m2
Coût d’opération toutes dépenses confondues : 10,4 millions d’euros HT ; coût des travaux : 9,35 millions d’euros HT ; surcoût de construction des performances E4C2 : + 11,5 %
Détail des coûts : puits climatiques, 397 000 euros ; VRD et paysage, 912 000 euros ; gros œuvre, 1 million d’euros ; charpente bois, 4 millions d’euros ; menuiseries extérieures, 365 000 euros ; fluides, 1,1 million d’euros
Date de livraison : été 2022
Bruges, non pas la flamande, mais la bordelaise, possède depuis peu une école exemplaire. Toute en bois, l’école maternelle et primaire Frida-Kahlo ouvre la voie à une approche différente de l’environnement scolaire, moins normative.
L’école est composée de cinq maisons reliées entre elles au premier étage par des terrasses, des passerelles et les coursives. Les architectes auraient souhaité végétaliser le plancher de ce niveau haut mais la réglementation ne l’autorise pas pour les planchers bois. Cette coursive, qui réunit les cinq bâtiments, se déploie autour d’une cour arborée. Les équipements communs sont au rez-de-chaussée et les salles de classe sur le socle à l’étage. On circule des uns aux autres par des escaliers extérieurs et même par un toboggan, pour le plus grand bonheur des élèves. Le choix de relier les salles de classe à la cantine en passant par l’extérieur n’allait de soi, l’idée d’habiller les enfants et de les dévêtir deux minutes plus tard étant vue comme une perte de temps. Les architectes, introduisant des protocoles inhabituels, ont dû patiemment négocier.
Cette idée, inspirée de l’enseignement progressiste de la première moitié du XXe siècle, comme les écoles en plein air de Freinet, est pourtant au cœur de leur projet. Il s’agit d’éveiller la curiosité des élèves. Les salles de classe sont distinctes et identifiables, les espaces sont stimulants et diversifiés. On s’y cache, on y explore et on y joue. La cour n’est pas ce quadrilatère triste, recouvert de goudron ou de sols amortissants, elle est plantée d’arbres, parsemée de copeaux. Les enfants remplissent leurs poches de ces copeaux et leurs chaussures de terre, au plus grand mépris de l’usage qui veut qu’un enfant soit rendu à ses parents dans l’état de propreté dans lequel il a été déposé le matin. Autre choix inhabituel : chaque toilette donne directement sur la cour de récréation et les lavabos sont, comme au XIXe siècle, en plein air.
Exigence et exemplarité
Si l’école de Bruges semble vouloir opérer un retour en arrière sur certains points, elle sait aussi innover. Le maître d’ouvrage avait fait le premier pas en fixant l’objectif de performance énergétique E4C2, le niveau le plus exigeant atteint à ce jour pour une école. Cet objectif a largement déterminé le choix du bois dans le projet. Ainsi, les parois qui sont en bois sont recouvertes de laine de verre et inversement les parois intérieures en fermacell sont isolées de laine de bois. Ce jeu subtil de couches a permis d’atteindre la performance énergétique souhaitée, mais surtout de répondre aux craintes du service départemental d’incendie et de secours, qui avait initialement émis un avis défavorable sur le principe d’une école construite uniquement en bois.
Il a fallu l’implication de la maire de Bruges pour rappeler l’objectif de sa commande initiale : celle d’un établissement exemplaire par son bilan énergétique et carbone. Une utilisation trop importante du béton aurait compromis cet objectif. Les architectes sont entrés dans un processus de négociation ou chacune des craintes liées à la sécurité incendie a été surmontée par des modifications ponctuelles. Les parois des cuisines, de la chaufferie et de certains locaux techniques ont ainsi été réalisées en béton et les fenêtres donnant sur les coursives extérieures ont dû être renforcées par des vitrages coupe-feu.
La construction bois a donc encore un long chemin à faire pour s’imposer et repousser progressivement les limites de ce qui est possible en termes de matériaux biosourcés pour une école. Cette évolution est lente mais se fait grâce à des projets comme celui-ci, dans lesquels la persuasion et la pédagogie sont le fruit d’un engagement de chaque instant.