Maîtres d'ouvrages : Promoteur
SCCV ILOT24 / Investisseur : KEYS REIM
Maîtres d'oeuvres : Pranlas
Descours Architect Associates, architectes mandataires (cheffe de projet :
Marion Lapierre Auber)
Entreprises : BET Structure : EVP, (chef de projet Abdellah Hatim); BET Fluides Projex (chefs de projet : Rémi Versnaeyen, Louis Fago)
Surface SHON : :
4200m²; 196
places de stationnement
Coût : 5,8
millions d’euros HT
Date de livraison : 2018
De l’autre côté du jardin d’eau, à la lisière nord-est de la
ZAC, l’immeuble récemment livré par l’agence de Jean-Pierre Pranlas-Descours
pour le groupement de promotion privée SCCV ILOT 24 décline le thème de la
mixité des programmes à l’échelle du bâtiment. Associant parking silo de 200
places, salles de sport et bureaux, il s’inscrit dans un gabarit imposé de 18
mètres de hauteur. La répartition du parking par demi-niveaux et son accès de
plain-pied à l’ouest dictent le dessin en plan comme en coupe du socle du
bâtiment. Épais de 32 mètres, sa structure de béton déploie ses sept
demi-niveaux (dont deux semi-enterrés) derrière une façade de briques brunes,
agencées et ajourées selon une belle modénature. Au-dessus sont installés les
autres programmes, logés dans une structure métallique légère, selon une trame
de 3,65 mètres. La répartition des demi-niveaux de stationnements permet
d’encaisser une partie de la dalle du troisième étage, procurant l’opportunité
d’offrir aux salles de sport ici implantées une sur-hauteur bienvenue.
Consacrés aux programmes tertiaires, les deux derniers niveaux sont éclairés au
centre par un patio ouvert, ce qui rend possibles de multiples configurations
de cloisonnement ou de plateaux ouverts, tout en offrant un bel espace de
détente commun.
Belles ombres portées
La façade des trois niveaux supérieurs se déroule tout
autour du bâtiment par plis réguliers de métal laqué noir qui permettent, à
l’intérieur, d’alterner de grands panneaux vitrés fixes toute hauteur avec des
oriels ouvrants disposés en épis qui permettent la ventilation naturelle de
chaque poste de travail. À l’extérieur, une corniche crantée souligne ce motif
au troisième étage; un débord de toiture filant marque l’attique. Outre
qu’elles procurent de belles ombres portées, ces lignes horizontales renforcent
la très juste proportion de l’ensemble. La toiture, visible des étages des
immeubles alentour, est traitée en mono pente et recouverte d’un enrobé sombre.
La compacité de l’ensemble est renforcée par l’homogénéité de traitement des
quatre façades, dont le pli procure, lui, un effet cinétique variant avec
l’ensoleillement
Reconversion
réversible
Architectes : CANAL, Atelier d’architecture
Comme ailleurs dans la métropole lilloise, le quartier
industriel de Canteleu offrait un paysage à deux vitesses, où se télescopaient
deux échelles extrêmes : celle de l’habitation et celle de l’usine.
D’interminables rangées de minuscules maisons ouvrières mitoyennes côtoyaient
sans médiation d’immenses appareils de production, objets imposants à
l’architecture parfois monumentale, qui ont parfois été surnommés les «
cathédrales » ou les « châteaux » de l’industrie. Inhérente à l’industrialisation
massive et rapide de la région, cette disproportion, cette démesure des choses,
cette tension morphologique maximale constitue paradoxalement aujourd’hui un
rempart contre la ville générique. Les quartiers ouvriers, avec leurs
innombrables propriétaires, et les grandes usines, ruineuses à démolir,
résistent plus qu’ailleurs à l’uniformisation du paysage. C’est la raison pour
laquelle, plutôt que les jolies boîtes qu’on pourrait aussi bien trouver à
Saclay, à Billancourt ou sur l’île de Nantes, les reconversions des quelques
anciennes usines du site apparaissent comme les éléments les plus structurants
et les plus caractéristiques du pôle technologique des rives de la Haute-Deûle.
Outre celle des impressionnantes usines Le Blan-Lafont par l’agence
Brossy+Associés (livraison 2011), offrant ses 23 000m2 aux technologies de
pointe, il faut noter la reconversion plus modeste mais très soignée de la
petite halle adjacente par l’atelier Canal. Érigé en 1896 et réaménagé en 1923,
ce bâtiment parallélépipédique de la proportion d’une brique (23 x 46 x 8m)
servit au temps des filatures d’entrepôt, de salle des fêtes, voire de cinéma.
C’est cette grande boîte vide à trois travées dépourvue d’étages que la Soreli
a confiée en 2009 aux frères Rubin en commande directe, avec un budget limité
et aucun contenu programmatique.
Réflexion sur les
vies successives d’un édifice
Coutumiers de ce type d’opérations dans le bâti
post-industriel (comme l’installation de l’École du paysage dans l’ancienne
chocolaterie Poulain à Blois, 1997-2007), ils ont le recul suffisant pour
porter une réflexion de fond sur la vie, ou plutôt les vies successives d’un
édifice, sur les conditions techniques et typologiques de leur réversibilité*.
C’est précisément cet impératif, à la mesure des enjeux environnementaux
actuels, qui a guidé leur projet à Canteleu. Ayant déjà servi des fonctions
assez différentes dans le passé, l’ancienne halle en brique doit pouvoir
répondre aux besoins encore inconnus des futurs utilisateurs, aujourd’hui des équipes
de recherche de l’Institut national de recherche en informatique et en
automatique (Inria). Profitant de son gabarit existant qui excède les exigences
du PLU, les architectes la densifient au maximum en la découpant par deux
nouveaux planchers, en structure métallique, qui triplent sa surface, offrant
ainsi trois plateaux de 1 000m2 environ. Le troisième niveau, qui outrepasse en
partie la corniche, est traité comme une surélévation largement vitrée qui se
substitue à la toiture existante et dote l’ensemble d’un nouveau couronnement.
Au cœur du bâtiment, un nouveau noyau porteur, le plus étroit possible, équipe
les plateaux et les distribue par un double escalier, du même type qu’à
Chambord mais avec des volées droites, qui démultiplie les possibilités
d’occupation et d’aménagement. Pour éclairer ces vastes espaces de travail, les
architectes doivent intervenir sur les épaisses façades, de la largeur de deux
briques boutisses. Situées en partie haute, les uniques baies d’origine en
demi-lune sont agrandies vers le bas par sciage et équipées de nouvelles
fenêtres. Pour éviter les surcoûts de menuiseries qui auraient épousé les
cintres, ils optent pour un élégant système en applique extérieure qui met sous
vitrine l’ordre colossal de ces grandes arches de brique, mises à nu. Isolée
par l’intérieur, la façade conserve sa matérialité et ses modénatures d’origine
et s’enrichit du registre vertical de ces grandes fenêtres-vitrines et du
nouvel attique strié par des lames métalliques qui protègent les bureaux des
rayons directs du soleil et diffusent, la nuit, la lumière artificielle qui
s’en échappe.
Grande économie de
moyen
Rationnel, efficace, presque spartiate, le projet ne fait
cependant pas le sacrifice d’une certaine sensibilité pour l’architecture intérieure
qui caractérise habituellement le travail de l’Atelier Canal. Les matériaux,
choisis dans un registre industriel (parpaings simplement peints pour le noyau
central, ouvrages en acier de l’escalier, flocages ou panneaux de fibre de bois
compressée des plafonds), sont transfigurés par une mise en œuvre soignée, un
calepinage rigoureux et des options de couleurs harmoniques (blanc, rouge et
noir dans la cage d’escalier). Dans les bureaux, les faux plafonds sont limités
à une bande de circulation autour du noyau, laissant apparentes les poutres
métalliques et libérant une généreuse hauteur sous plafond (3,80 mètres) en
périphérie des plateaux. Habillés de bois en tableau, de grands cadres
interrompent le doublage juste avant les baies en brique, les faisant
participer à la matérialité des espaces intérieurs. Ces détails, réalisés dans
une grande économie de moyens, confèrent un caractère à l’ensemble sans
hypothéquer aucune des vies futures de l’édifice, qui nous restent
indiscernables. Au fond, on peut légitimement se demander si les nouveaux
bâtiments de cet écoquartier seront aussi réversibles que celui-ci.





