Maîtres d'ouvrages : SCCV
Euratechnologie Gare d’Eau
Maîtres d'oeuvres : Charles-Henri
Tachon, architecte, avec Lola Barri et Camille Cochet; Projec, BET tous corps
d’état; Diagobat, Bureau environnement; SA2MO, SPS
Entreprises : Rabot
Dutilleul, Stema, Clareboudt, Billiet
Surface SDP : :
4190m² (logements), 1080m² (commerces)
Coût : 7,4
millions d’euros HT
Date de livraison : 2018
À l’ouest du site, le quartier du Bois Blanc forme une île
artificielle dont le développement a épousé, pendant plus d’un siècle, celui de
l’industrie textile. Village sur l’eau dans lequel plus de 2000 ouvriers et
ouvrières embauchaient quotidiennement dans une vingtaine d’usines, la pointe
du Bois Blanc a vu ses berges régulièrement réaménagées pour s’adapter aux manœuvres des bateaux qui assuraient ici le transport des marchandises. Mais
l’inauguration dans les années 1970 au sud-ouest de l’île de la Gare d’eau des
Bois Blanc – alors à la pointe de la modernité, avec son pont-levis commandé
par radars – a malheureusement coïncidé avec le début du long cycle de
fermeture des entreprises l’une après l’autre, entraînant à sa suite celle des
60 cafés ouvriers qui avaient jusque-là contribué à la vie du site. Dans cette
gare d’eau désormais à l’arrêt, des péniches habitées sont venues s’installer à
l’année en lieu et place de l’ancien trafic fluvial. Ne resta bientôt plus, sur
l’esplanade de la gare fluviale désertée, qu’un tout petit bistrot à l’angle
pour témoigner de la mémoire et de l’esprit du lieu. La pointe sud-ouest de ce
quartier a été réaménagée sous la forme d’un vaste îlot, constitué de trois
programmes de logements. Au nord, deux opérations en bande (Gilles Neveux et
Zig-zag, architectes) s’ouvrent en « U » de part et d’autre d’une venelle
publique plantée par Bruel-Delmar; au sud-ouest, un long bâtiment referme
l’îlot et se déploie sur le quai de la Gare d’eau, également reconfigurée par
les paysagistes en une vaste place ouverte sur l’horizon fluvial. Comme
ailleurs dans la ZAC, les constructions maçonnées qui pouvaient l’être ont été
conservées : ici, le bistrot d’angle, à réhabiliter et articuler à l’ensemble.
La situation de ce bâtiment, dont la conception a été confiée à l’architecte
Charles Henri Tachon à l’issue d’une consultation organisée par le promoteur
Macara, est très exceptionnelle : sans vis-à-vis au sud-ouest, il ouvre sur
l’eau et adosse, à lui seul, la nouvelle place à l’ensemble du quartier. un
dispositif à la fois architectural et urbain S’il s’agissait bien d’accompagner
la mise en place de ce dispositif général de « reconquête » du site par
l’architecture, il fallait aussi arbitrer subtilement entre l’attente
collective d’une forme de célébration de l’esprit des lieux et la dimension
domestique et ordinaire de ce programme de logements. La réponse de
Charles-Henri Tachon a consisté à tirer tout le bénéfice morphologique de cette
implantation linéaire pour conférer à la nouvelle place sa juste échelle. Le
bâtiment est ainsi posé sur un épais socle de 6,5 mètres de haut, scandé de
vastes baies carrées conçues comme des arcades, qui alternent commerces et café
avec les trois halls d’entrée des logements. De l’autre côté, en façade nord-est,
ce socle s’emboîte partiellement avec le volume des parkings semi-enterrés. À
la fois architectural et urbain, ce dispositif assure à la place son unité tout
en lui garantissant une forme de permanence : le dessin et l’échelle des baies
prennent en charge le rapport entre l’espace public et la façade indépendamment
de la qualité ou même du type d’occupation des commerces du rez-de-chaussée. Le
choix d’une unique brique massive pour parer l’ensemble des façades fond ce
socle au reste du bâtiment : dès lors qu’on s’en éloigne un peu, sa perception
se modifie en une silhouette unifiée. Dans les étages, il s’agit de déduire
tout le potentiel typologique d’une implantation urbaine particulièrement
avantageuse, tant en termes d’orientations que de vues, depuis la répartition
des cages et des parties communes jusqu’au dessin de logements. Pour cela, le
corps du bâtiment est affiné à 14,5 mètres : ce qui permet d’offrir à tous les
appartements des vues vers la place et le grand paysage et de garantir une double
exposition aux plus grands, tout en plaçant les paliers d’étages en façade. Ce
généreux dispositif inscrit chacune des séquences du parcours depuis l’espace
public jusqu’à chez soi en connivence avec le territoire alentour, participant
à son intelligibilité. Ainsi, dans les étages, les parties communes sont très
largement vitrées sur l’intérieur d’îlot et placées dans l’axe des passages
plantés desservant les maisons en bandes dessinées par Gilles Neveux et
Zig-Zag. Cette configuration procure de véritables vues sur jardin depuis les
étages bas et permet de saisir – à mesure qu’on s’élève – le tracé de l’îlot,
puis sa situation dans l’ensemble du quartier. L’architecte explique que cette
disposition lui a été suggérée par la grande qualité de dessin et d’exécution
des deux opérations voisines. Les plans intérieurs sont configurés en fonction
des vues – traversantes ou diagonales –, chaque appartement comprenant un à
deux espaces extérieurs. Leur surface particulièrement généreuse (de 6 à 22 m2)
et leur disposition à l’articulation des séjours et des cuisines confèrent à
ces balcons un véritable statut de pièce extérieure. L’attention apportée aux
plans de ces logements est encore enrichie par quelques détails bienveillants –
abaissement des hauteurs d’allèges à 60cm, larges baies et menuiseries en bois
–, tandis que quelques-uns des plus grands appartements bénéficient, par
ailleurs, d’une sur-hauteur dans les séjours. Ce travail typologique, attaché à
inscrire la vue sur le grand paysage jusque dans la profondeur de chaque
appartement, procure aux logements un confort et des variations de la lumière
naturelle exceptionnelles : le ciel du Nord s’y invite partout. En contrechamp,
depuis l’extérieur, il confère en retour aux façades une épaisseur habitée qui
exonère le bâtiment de tout autre registre d’expression. Ni nostalgique ni
conquérante, l’architecture tire ici tout simplement tous les bénéfices
possibles d’une situation exceptionnelle, qu’elle contribue en retour à
enrichir.






