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Maîtres d'ouvrages : Térénéo
Maîtres d'oeuvres : Béal & Blanckaert, avec Jean-Vianney Deleersnyder 
Entreprises : Ingébois, Symoé, BMF 
Surface SDP :  8500m²
Coût : 13 millions d’euros HT
Date de livraison : 2018

Avec pour fond de perspective l’ancienne usine Le Blan-Lafont reconvertie en haut lieu de l’économie numérique (Vincent Brossy, architecte, 2008), le grand jardin d’eau dessiné qui ouvre le quartier sur le quai Hegel et le canal de la Haute-Deûle constitue assurément une des pièces fondatrices du plan d’urbanisme développé par les ateliers BruelDelmar et Jean-Pierre Pranlas-Descours. De part et d’autre de ce parc, des îlots mixtes (tertiaire et équipements, logement et commerces) sont progressivement édifiés. Parmi les règles du jeu imposées aux architectes par l’aménageur et les urbanistes : les gabarits des immeubles, la position des parkings en superstructure, ainsi que l’utilisation de la terre cuite en façade. À ces contraintes, le groupe Térénéo, promoteur de la partie de l’îlot 8 consacrée au programme tertiaire (le lot 8AB, comprendra des logements et commerces conçus par TAG Architectes) en a rajouté une : construire cet immeuble de bureaux en bois et viser une certification Bâtiment à énergie positive. Les architectes lillois Antoine Béal et Ludovic Blanckaert avaient déjà construit au nord du quartier un îlot associant des bureaux, des logements et une crèche, lorsqu’ils ont gagné ce nouveau concours en 2016. Leur démarche réconcilie ici deux approches a priori contradictoires : assumer la répétitivité et la neutralité d’un programme de bureaux à livrer « en blanc », tout en développant un travail contextuel dans la déclinaison des façades. À l’échelle urbaine, le projet est pensé comme partie prenante de la composition d’ensemble, autour du jardin d’eau. La simplicité de sa silhouette unitaire et la scansion régulière de sa modénature semblent d’emblée souscrire une forme d’allégeance respectueuse aux bâtiments déjà construits et au grand vide qui les fédère. De loin, l’apparente neutralité de ses quatre façades pourrait laisser croire qu’il a été conçu comme un objet abstrait et non orienté. En réalité, tout le travail des architectes a consisté à associer à un plan apparemment neutre et à un principe constructif rationnel et efficace une très subtile déclinaison du dessin des façades en fonction des orientations.

Structure en bois sur socle de béton

Le bâtiment s’inscrit dans un carré, creusé d’un patio rectangle. Ce vide n’est pas tout à fait au centre du plan mais légèrement déporté vers sa face nord-est, du côté du jardin d’eau. Cette première décision génère d’emblée une différenciation des épaisseurs du bâtiment qui justifie la répartition de ses programmes en partie basse. Sa face nord (plus fine et orientée sur le parc) accueille le hall d’entrée sur deux niveaux et ménage la transparence depuis l’espace public vers le patio. Dans le « U » formé par ses trois autres faces plus épaisses sont logés les deux niveaux de parkings. Ce plan se banalise dans les étages courants, puis se spécifie à nouveau au dernier niveau : ses faces sud-est et nord-ouest sont reculées en attique. Le principe structurel retenu pour l’ensemble est simple : sur un socle de béton qui accueille les deux niveaux de parkings, une structure en bois de quatre niveaux, conçue comme une grande charpente (poteaux et poutres en lamellé-collé, dalles de CLT), ordonnée selon une trame de 5,40 mètres et contreventée par les noyaux de circulations et sanitaires en béton. Laissée apparente, cette structure en bois a permis d’accompagner et de guider la partition intérieure des bureaux. Et le choix du bois a permis de viser une performance énergétique bien supérieure à celle permise par le béton, tout en autorisant un travail très précis sur la mise en œuvre et le dessin des façades. La façade, qui alterne partout des châssis de mélèze toute hauteur à des pleins parés de tuiles vernissées, obéit à un jeu très sophistiqué de « déréglage » en fonction de la situation de chacune des ouvertures. Ce jeu opère d’abord par étagement : les largeurs des baies varient d’un niveau à l’autre en s’élargissant à mesure dans les niveaux bas. À peine perceptible si l’on n’y prend garde, l’amincissement des trumeaux d’étage en étage et à mesure qu’ils se rapprochent du sol permet, entre le quatrième niveau et le rez-de-chaussée, d’opérer une inversion complète du rapport entre vides et pleins. Il s’applique ensuite face par face : selon les orientations, le vitrage est placé au nu intérieur (expositions sud) ou extérieur (orientations nord) de la façade. Par ailleurs, la face du bâtiment orientée au sud, vers le canal, fait l’objet de retraits successifs pour un effet brise-soleil d’un étage à l’autre. Cette démarche, qui suppose une grande rigueur dans la composition de l’ensemble et dans le dessin et l’exécution des détails, relève d’une immense subtilité.

 

 

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