Maître d'ouvrage : : Villages Nature Paris (Pierre et VacancesCenter Parcs Euro Disney SCA)
Maître d'oeuvre : Jacques Ferrier Architecture, architecte mandataire
Entreprises : Ingénieur structures et enveloppes : C&E Ingénierie / Paysagiste : Interscene Thierry Huau /HQE : Transsolar / BET fl uides : Inex / Économiste : Artelia / Acousticien : Peutz / Concepteur postes maître-nageur sauveteur : Sensual City Studio
Surface SHON : 8 000m²
Date de livraison : 2017
Que penser
de cette tour de Babel en bois, métal et verre rappelant le monument de Tatline
pour la IIIe internationale comme les dômes géodésiques de richard Buckminster
Fuller ? Elle se dresse au centre d’un village de vacances nouvelle génération,
dans un Val d’Europe où postmodernité se conjugue avec petits Mickeys…
Le Center Parcs Aqualagon a ouvert discrètement ses portes l’année dernière à 32 kilomètres de Paris et au sud du Val d’Europe, ce secteur de Marne-la-Vallée où Disney poursuit ses expériences urbaines en mêlant subtilement parcs d’attractions, hôtels et ensembles résidentiels avec espaces tertiaires. Le rêve de l’oncle Walt de réaliser une ville du futur, après Epcot et Celebration en Floride, trouve ici un nouveau terrain d’expérimentation pour développer un urbanisme thérapeutique cherchant à soigner l’angoisse chronique des classes moyennes, plongées dans un monde en perpétuelle mutation. Une stratégie de la rassurance qui hybride savamment présence paysagère et archétypes architecturaux pour offrir aux résidents comme aux hôtes de passage un sentiment d’ancrage dans une certaine atemporalité. L’aménagement est rigoureusement pensé dans les moindres détails – du dimensionnement des rues à la matérialité de chaque élément – pour redonner confiance aux occupants en leur faisant subir une remontée en apnée vers une communauté originelle totalement fantasmée.
Mais revenons au parc aquatique qui vient s’adosser
au massif forestier de la Brie- Boisée. C’est un parc nouvelle génération où
développement durable rime avec technologies de pointe. Ainsi sa conception
convoque les quatre éléments : la terre, l’eau, l’air et le feu. La terre et sa
forêt qui ferment l’horizon ; l’eau qui prend la forme de bassins protégés et
d’un vaste lac artificiel dont certaines berges sont transformées l’été en
plages ; l’air et le ciel, investis par les toboggans qui s’enroulent comme
autant d’ombilics les reliant organiquement au sol, et enfin le feu des
entrailles terrestres qui chauffe à 80 °C l’aquifère du Dogger à plus de 1
kilomètre de profondeur pour alimenter les piscines. Tandis qu’un système de
bracelets électroniques permet aux utilisateurs d’accéder aux espaces et aux
services qu’ils ont préalablement réservés.
Réalisés par Jean de Gastines, les lieux d’hébergement
changent d’occupants tous les trois jours et composent un village paradoxal.
Ses cottages en cluster sont dispersés entre les arbres et conçus pour que les
couples avec enfants qui les louent ne voient pas leurs voisins et puissent
entretenir une relation exclusive avec la nature. Autour du centre aquatique se
pressent des immeubles collectifs et des commerces, tandis qu’à l’écart une
ferme pédagogique invite les familles et leurs enfants à renouer contact avec
les animaux domestiques, à apprendre à cultiver son jardin ou simplement à
goûter aux produits biologiques. L’ensemble est faiblement éclairé la nuit,
pour renforcer l’alternance du diurne et du nocturne, et toutes les activités
se répartissent pour pouvoir facilement être rejointes à pied ou à bicyclette.
Rassurance
maximale
L’Aqualagon de Jacques Ferrier répond parfaitement à
cette ambiance particulière. Son plan s’insémine dans le site comme une forme
embryonnaire, couvée par l’espace boisée à l’est et le grand lac à l’ouest. De
même le choix structurel, étudié avec l’ingénieur Jean-Marc Weill : des poutres
treillis en lamellé-collé et en métal qui montent en spirale en reposant les
unes sur les autres de manière à pouvoir être portées par des aiguilles en
béton. Ces piques maintiennent aussi par de multiples étais les tubes des
toboggans, et viennent chercher au sol leur point d’appui en tâtonnant pour
éviter soigneusement de perforer les bassins ou d’interférer dans
l’organisation canonique des baignades mise en place par les créatifs du resort.
L’hélice des poutres est contreventée par une colonne centrale dont la résille
s’évase à la base comme au sommet. À l’extérieur, un deck suit les pentes de la
toiture pour dessiner un cheminement en zigzag montant jusqu’au belvédère de 27
mètres de hauteur qui domine le paysage.
C’est un projet à la fois totalement autonome, par
la simplicité et la puissance de son parti structurel, mais aussi totalement
contextuel et scénographique. Il sait s’offrir comme une séquence d’événements
distincts. Vu du lac le bâtiment se présente, avec les corps qui en gravissent
les pentes, comme une tour de Babel new age. Mais au moment d’entrer la tour
iconique s’amincit jusqu’à disparaître pour laisser surgir un immense rocher
artificiel qui rassemble les espaces servant. Il est traversé par une grotte
qui voudrait rappeler celle des propylées conçus par Claude-Nicolas Ledoux pour
la saline d’Arc-et-Senans. Après ce resserrement s’ouvre l’espace immersif et
horizontal de la serre tropicale qui semble beaucoup plus grand que son
contenant et permet aux baigneurs de nager dans une eau chaude, proche de la température
de leur corps, et de passer insensiblement à travers des rideaux transparents,
dans les bassins extérieurs.
L’Aqualagon fait le lien entre tous ces visiteurs
dispersés, dont les cottages ont été pensés pour mieux les isoler afin qu’ils
se voient comme autant de Robinson ou de Walden perdus dans les bois. À la
dissémination nocturne dans les habitations répond la grande réunion diurne
dans la nef des bains, rejouant chaque jour les « variations saisonnières de la
vie esquimo », décrites par Marcel Mauss. Ce n’est pas sur les places
archétypales des nouveaux urbanistes américains que la communauté du parc
aquatique va se rassembler et communier, mais dans un espace clos et rempli
d’eau où règne une ambiance amniotique. Ils pourront barboter dans des bassins
ventrus ou glisser dans des boyaux de plusieurs dizaines de mètres pour en
sortir en jetant leurs cris primaux et recommencer pour renaître et renaître
jusqu’à ce que sonne l’heure du retour dans le vrai monde…




