Maîtres d'ouvrages : Privé
Maîtres d'oeuvres : Angelo Bucci
Paysagiste : Raul Pereira
Surface SHON : Parcelle : 269,5 m2 Hors œuvre : 183,4 m2
Date de livraison : 2014 (projet : 2011)
Angelo Bucci fait partie de ces architectes paulistas dont la sensibilité s’est forgée, durant leurs études, au contact quotidien du bâtiment de la Faculté d’architecture et d’urbanisme (FAU). Plus qu’un paradigme, l’œuvre de Vilanova Artigas est devenue pour lui un étalon, un outil pratique auquel il se réfère souvent pour appréhender les mesures, les portées, l’échelle dans un projet… Son parcours professionnel débute par des commandes de projets de petite échelle, seul ou en association (avec Alvaro Puntoni puis avec Marta Moreira, Fernando de Mello franco et Milton Braga, formant l’atelier MMBB). Angelo Bucci collabore avec Paulo Mendes da Rocha sur plusieurs projets. On retrouve d’ailleurs dans son œuvre certains des thèmes de prédilection de son aîné : la rigueur de conception alliée à une grande concision de moyens, un soin particulier apporté aux rapports du bâtiment avec son environnement. Dans la tradition des architectes paulistas, l’enseignement tient aussi dans son travail une place importante. Il anime un atelier de projet à la FAU et intervient régulièrement en tant que professeur invité dans des écoles d’architecture sur plusieurs continents.
Il réalise en 2014 cette « maison de week-end » dans la zone centrale de São Paulo, tout près des locaux de son agence SPBR. Le paradoxe de ce projet naît de son programme : faire d’un terrain en plein centre-ville un lieu de dépaysement qui échappe aux nuisances urbaines. Il s’agit de la commande d’un couple de Paulistas lassés de la corvée liée aux embouteillages qui paralysent la mégalopole pendant la semaine et les routes vers le littoral pendant le week-end. Ils décident d’aménager leur résidence secondaire au centre même de São Paulo. Le terrain retenu est une parcelle allongée placée entre une artère principale, l’avenue Brigadeiro Faria Lima, et un axe d’infrastructure métropolitaine (voies ferrées et voie routière express). Situé dans la zone d’influence de l’aéroport, il est constamment survolé par les vols provenant de Rio.
Prismes suspendus
Le programme structuré autour des loisirs est simple : une piscine, un solarium, un espace pour faire la cuisine et recevoir des amis. Les espaces servants sont réduits au strict minimum : une chambre pour le couple et un petit appartement pour le gardien. La surface prévue pour loger l’employé de maison est équivalente à celle destinée aux propriétaires, ce qui est très atypique dans des projets d’habitation au Brésil. L’imaginaire des clients s’était naturellement fixé sur une typologie traditionnelle de piscine : un trou creusé dans le sol, entouré d’un jardin. Mais la hauteur maximale de construction imposée par les règlements d’urbanisme dans le quartier étant de 6 mètres au-dessus du sol jusqu’aux limites de la parcelle, la première tâche de l’architecte consistait à démontrer à ses clients que les constructions voisines auraient privé de tout ensoleillement une piscine placée au niveau du sol. Il propose, au contraire, de l’implanter le plus haut possible.
Angelo Bucci s’affranchit de la typologie traditionnelle de la villa urbaine et fractionne le programme en entités clairement définies : la piscine et le solarium sont disposés sur des prismes suspendus en béton, s’avançant dans la longueur du terrain. La chambre à coucher et l’appartement du gardien sont aménagés dans le volume couvert par le solarium. Le niveau du sol est libéré de toute construction, de manière à préserver un maximum de surface pour le jardin et un espace de vie non clos : une pièce polyvalente où s’immiscent l’eau et la nature. Les circulations verticales se logent dans le vide entre les deux volumes, créant une perspective qui permet d’embrasser tous les niveaux du projet.
Chaque élément du projet a un rôle structurel, ce qui donne à l’ensemble une légèreté surprenante. Toute la masse est portée par deux poteaux, placés dans le vide séparant les deux prismes. La piscine fonctionne comme un contrepoids au volume couvert par le solarium. La portée de 12 mètres entre les appuis principaux est traversée d’un côté par les poutres qui portent la piscine, et de l’autre par celles qui portent le solarium. La palette de matériaux associe au béton apparent un habillage en bois sur le pignon de l’appartement et un pan vitré sur la façade latérale. L’eau est présente à chaque niveau. Surface lisse et calme dans la piscine, elle est ensuite mise en scène dans des bassins, se déversant en cascade jusqu’au sol du jardin. La superposition verticale des espaces offre, entre pénombre et lumière, une riche variété de séquences paysagères : en bas le jardin tropical introverti, au niveau intermédiaire l’appartement, et au niveau de la cime des arbres la piscine. De là, on bénéficie d’une vue panoramique sur le paysage urbain environnant.
Au-delà des thèmes récurrents de l’école paulista, on reconnaît aussi les préoccupations personnelles déjà explorées dans le travail de Bucci. Dans sa thèse de doctorat à la FAU en 2005, il s’intéressait par exemple à la transformation opérée à São Paulo par une verticalisation urbaine effrénée, qui a privé une grande partie du sol de vue dégagée ou du moindre rayon de lumière naturelle. On retrouve cette préoccupation dans le postulat qui fonde le projet de la maison de week-end. Les rapports traditionnels avec la ville sont bouleversés : le niveau de référence n’est plus dans la continuité directe du quartier environnant, mais à la hauteur du nouveau sol artificiel où la surface de l’eau réfléchit ciel et nuages.



