Le double sens du mot « immeuble » suggère une analogie entre un bâtiment et quelque chose de statique. Cependant, en y regardant de plus près, nous ne percevons pas nécessairement les bâtiments comme des structures aussi immobiles que cette analogie le laisse entendre. Il est en effet possible de discerner des mouvements, non seulement à l’intérieur des bâtiments, mais aussi au sein du bâtiment lui-même. Les fenêtres s’embuent sous l’effet des variations de température, les portes se ferment, l’ascenseur tombe en panne, contraignant les gens à utiliser les escaliers.
Les revues d’architecture se sont traditionnellement davantage focalisées sur la conception de l’architecture de demain plutôt que sur la révision de ce qui est déjà construit. Cependant, avec les nouvelles politiques environnementales qui visent à contrôler le développement de nouvelles constructions, la discipline architecturale opère un virage majeur en explorant davantage les moyens de prendre soin de l’existant. La maintenance apparaît comme un aspect moins spectaculaire de la transition écologique que les grandes transformations et les nouvelles découvertes technologiques, mais elle est cruciale pour l’engagement de la discipline face à la crise actuelle. Malgré l’essor des publications et des expositions liant la maintenance et l’architecture, la définition de ce que représente la maintenance dans toutes ses dimensions techniques, esthétiques et politiques est encore floue.
Ce dossier entend justement clarifier certaines de ces dimensions : depuis le domaine de l’innovation technologique et de l’efficacité des systèmes (organisé autour des études sur le travail et les pratiques) en passant par les débats sur la préservation historique, pour se conclure par des études sur le soin et les travaux communautaires. Toutes ces notions définissent des aspects de la maintenance d’un bâtiment, mais leurs différences nous confrontent à divers défis conceptuels selon le domaine dans lequel elles s’inscrivent. (...)