La mort pourrait paraître la chose la plus privée qui soit ; il n’en est rien. Pas davantage n’est-elle étrangère à la vie. Autre, pourtant familière, elle est l’horizon sans lequel la vie perd quelque chose de son sens. Souvent solitaire, à défaut d’être partagée, elle ne nous en est pas moins commune. La mort appartient à la vie et, si elle m’arrive à moi, ses rites en sont prescrits par les autres, elle est toujours sociale. Les lieux et les édifices de la mort – cimetières, chapelles, tombes et tombeaux – reflètent la place qu’elle occupe dans une société. Pendant un millénaire, du haut Moyen Âge au XVIIIe siècle, malgré des changements dans les modalités et les rites, la mort a été accueillie. À l’aube de la période contemporaine s’est esquissée une transformation profonde dont la radicale brutalité est apparue lors de la seconde moitié du XXe siècle – nous vivons dans un temps où la mort, tardive, invisible et passée sous silence, nous est devenue selon l’expression de Philippe Ariès « sauvage ».
D’une prise en charge symbolique religieuse, nous sommes passés à un paradigme médical. Dans ce changement, l’architecture n’a peut-être pas perdu les moyens de l’accompagnement qu’elle a jusqu’alors apportés aux vivants. En revanche, les codes se sont diversifiés, particularisés, singularisés. C’est la capacité à faire société dans cette diversité, jusque dans la mort, entre croyances religieuses plurielles et athéisme, qui doit aujourd’hui être interrogée.
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