Christian Moley, architecte DPLG et docteur de l’EHESS, est professeur honoraire en TPCAU à l’ENSA de Paris-La Villette et ancien chargé de cours en master 2 de l’Institut d’Urbanisme (UPEC). En tant qu’enseignant-chercheur HDR et consultant auprès de différents organismes, il s’est consacré en priorité aux questions de l’habitat et plus particulièrement aux évolutions historiques et tendances contemporaines de sa conception. Il a publié de nombreux ouvrages et articles, parmi lesquels Les Abords du chez soi1 qui s’intéresse précisément à ces espaces situés entre la sphère privative du logement et le domaine public. Nous avons choisi de les nommer « espaces partagés » dans le cadre de ce dossier mais son livre rappelle, entre autres, le champ lexical foisonnant qu’ils convoquent : espaces intermédiaires, de transition, semi-collectifs, semi-publics… Christian Moley partage avec nous ici quelques éléments de recontextualisation historique et ses réflexions autour de ces questions.

D’a : Depuis quelques années, les espaces partagés se multiplient dans les immeubles de logements collectifs qu’ils relèvent des bailleurs ou des promoteurs privés. Ces espaces prennent différentes formes (terrasse partagée, cuisine collective, salle polyvalente, atelier de bricolage, chambre d’amis, etc.) et promeuvent le fameux vivre-ensemble. Vous qui avez suivi de très près l’évolution des conceptions architecturales du logement et de l’immeuble, comment replacez-vous cette tendance actuelle dans l’histoire plus globale des « parties communes » ?

Des idées nouvelles d’espaces en commun dans l’habitat dit justement « collectif » se succèdent depuis presque deux siècles, en tant que réponses à différentes carences qui lui sont trouvées, mais aussi en tant que discours leur prêtant des vertus de convivialité. La plus constante des carences au fil de l’histoire tient au manque de surface du logement et donc à la nécessité de reporter hors de sa sphère privative les espaces qui y seraient pourtant souhaités. Ainsi, des HBM comportaient en cœur d’îlot un « square à domicile » permettant l’impossible jeu des enfants dans un trop petit logement d’où l’on pouvait néanmoins les surveiller.

La question de la surface insuffisante est devenue actuellement plus prégnante, d’abord depuis le confinement sanitaire. La cohabitation permanente et totale du groupe domestique et le télétravail impliqué ont ravivé le besoin de pièce supplémentaire et de prolongement privatif sur l’extérieur. Puis l’impact de la crise économique sur la location et l’achat d’appartements voulus plus spacieux a contribué à faire émerger des immeubles dotés d’« espaces partagés ». Ceux-ci peuvent correspondre à (...)

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