Copyright : ©Kyrylo HONCHAR
Historienne de l’architecture et directrice adjointe de l’école d’architecture de Kharkiv (KhSA), Iryna Matsevko s’intéresse particulièrement aux contextes culturels et sociaux de l’architecture, au patrimoine et aux pratiques urbaines comme moteur de la durabilité dans les villes et les communautés. Elle questionne notamment les mémoires contestées et les approches inclusives dans les pratiques patrimoniales. Dans cet entretien, elle analyse la manière dont les approches postcoloniales, puis décoloniales, ont influé sur les politiques patrimoniales depuis 2000 et après l’invasion de février 2022.   

 

Propos recueillis et traduit de l’anglais par Élisabeth Essaïan 
Entretien avec Iryna Matsevko, historienne de l’architecture, codirectrice de l’école d’architecture de Kharkiv    D’a : Dans quelle mesure la guerre a-t-elle conduit à redéfinir la politique patrimoniale ? Au XXIe siècle, le nombre croissant de conflits armés dans le monde ne menace pas seulement les sites patrimoniaux de destruction physique, mais transforme également le patrimoine en un puissant instrument de manipulation et de pression de la part des belligérants. Il devient l’une des principales cibles des tentatives d’effacement de la mémoire collective des communautés en guerre. Il peut devenir à la fois un outil de réconciliation dans une communauté traumatisée par l’après-guerre ou un instrument permettant d’attiser et d’amplifier les conflits et les tensions d’avant-guerre. La politique du patrimoine dans les pays d’après-guerre est un indicateur de changements positifs contribuant à la création de nouvelles identités ouvertes à la diversité et aux différents souvenirs d’un passé commun, ou bien elle peut indiquer des changements négatifs poussant la société à revenir à une interprétation étroite et exclusive, souvent nationaliste, du passé. D’a : Les approches postcoloniales, puis décoloniales, ont pris une part croissante dans le débat universitaire. Quels échos ces approches trouvent-elles en Ukraine ? Dans les discours politiques et publics ukrainiens, la théorie postcoloniale a détourné la discussion des débats critiques sur la transition économique et la démocratisation vers des débats culturels sur le subalterne et l’oppression. Les universitaires ukrainiens considèrent la postcolonialité de l’Ukraine comme un état caractérisé par la lutte pour l’autonomie de peuples ayant subi une histoire de dépendance. Cette lecture « héroïque » de la théorie postcoloniale a été très bien accueillie par la société ukrainienne, mais (...) $##$ elle ne tient pas compte de l’autre aspect de la condition postcoloniale, l’hybridité persistante de l’Ukraine postcoloniale.

 

Pour lire l’article, commandez votre magazine sur notre boutique en ligne