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Quel regard constructif porter sur le monde du bureau aujourd’hui quand plus de 5 millions de mètres carrés sont inoccupés en 2024 sur l’Île-de-France, où la construction neuve se poursuit alors que la pénurie de logements, elle, ne fait qu’augmenter ? Vacance de bureaux d’une part et rareté de l’offre de logements d’autre part constituent deux tendances qui semblent bien se répondre, à en croire la démolition prochaine de deux immeubles de logements en bon état dans le quartier Python-Duvernois à Paris, dans le 20e arrondissement, pour bâtir à la place… des bureaux.

En marge de ce marché du tertiaire qui dépasse les seuls mécanismes de spéculation, certains architectes mènent une réflexion sur l’espace de travail en défendant des stratégies de transformation de l’existant, d’occupation continue d’un édifice ou d’un plateau, ou encore de mixité programmatique.

En attestent les exemples présentés dans ce dossier, de nouveaux lieux s’inventent au gré de situations plus ou moins denses et fluctuantes en matière d’usage. Se dessinent ainsi d’autres manières de s’organiser individuellement et collectivement, de s’ouvrir à d’autres activités, de se détendre et de mutualiser. En Belgique, où la mixité programmatique semble davantage aller de soi, deux opérations de transformation d’un ensemble existant combinent des aires de travail à des logements, chambres d’hôtel, café, salles de sport et d’évènement. À Bidart, les bureaux ont été conçus comme des espaces à vivre – des « habitations » de jour – en lien direct avec le paysage. À Carbonera en Italie, la cinquième façade devient une surface de plein air dédiée au sport et à la fête. À Alénya, des anciennes caves sont transformées en tiers-lieu associé à un pôle culturel. À Stockholm, où l’aménagement est entièrement issu de réemploi d’anciens bureaux, les architectes en redéfinissent l’usage pour l’ouvrir à des activités extra-professionnelles. À Paris, pour la transformation d’un appartement existant, le concept d’hybridation est poussé assez loin pour tendre vers le modèle de la « résidence », emprunté aux artistes. Chambre à coucher, postes de travail, piano, cuisine, salle de réunion définissent un lieu multiple qui traduit bien l’idée d’intermittence des activités. De même, à Kyoto, une agence d’architecture se mue ponctuellement en espace de vente et bureau de conseil.

Ces exemples traduisent bien évidemment aussi plusieurs difficultés, comme celle de rentabiliser une surface, de pouvoir profiter d’un vrai lieu pour travailler et se réunir, de mener une vie sociale épanouie, et de tout simplement vivre et s’amuser. Alors pourquoi pas sous un même toit ? Une chose est sûre : l’espace de travail n’a vraiment plus rien à voir avec le bureau.