Face à la baie de Cannes, Stéphane ­Fernandez vient de livrer le groupe scolaire Jacqueline-de-Romilly, qui renoue avec une façon de construire simplement dans une région soumise à de fortes chaleurs. Enveloppant, convoquant lumière et travertin, le bâtiment est envisagé comme un outil pédagogique où l’architecture ne cherche pas à s’imposer aux enfants mais à les accompagner.

À Cannes, le groupe scolaire Jacqueline-de-Romilly est le projet public le plus important de la mandature du maire David Lisnard. Baptisée en hommage à cette figure de l’enseignement de la langue française, l’école a ouvert ses portes à la rentrée 2018. À l’origine de la commande se trouve le groupe scolaire des Broussailles qu’il s’agit de remplacer par un nouveau bâtiment regroupant maternelle et élémentaire. La rénovation d’un gymnase, encore en cours, est également programmée. Lancé fin 2015, le concours désigne l’Atelier Stéphane Fernandez, lauréat face à Rudy Ricciotti et Jean-Pierre Lott. Le chantier s’est déroulé en site occupé : l’école existante de type Pailleron a été déconstruite tandis que des locaux provisoires ont été installés le temps des travaux pour accueillir les enfants.


Le site se trouve sur les hauteurs de Cannes dans un quartier plutôt huppé. En proue sur la mer et les montagnes, le terrain tutoie le grand paysage. Il présente un dénivelé important qui va s’avérer « le fondement d’un programme dédié aux enfants, proche du paysage et de la matière », résume l’architecte, pour qui la perception de l’enfant est devenue le fil conducteur du projet. L’école maternelle (neuf classes) s’installe en partie basse du site tandis que l’élémentaire (quatorze classes) occupe le haut du terrain. La cantine et l’office de réchauffage sont mutualisés et regroupés au cœur du projet. Le dénivelé est utilisé pour glisser et dissimuler un parking au R-1. Cette prise de possession du site libère le sol et dégage des cours qui profitent des vues sur le paysage.


L’autre aspect important du travail de Stéphane Fernandez est celui qu’il a mené sur la matérialité, guidé par l’idée d’une matière qui prend le temps. Le bâtiment présente une enveloppe massive en travertin, brute de sciage, légèrement coquillé, avec des joints larges de 1 centimètre, renforçant cette volonté d’ancrer le bâtiment dans son sol. Une manière également de renforcer l’inertie thermique dans cette région « où le soleil puissant une partie de l’année impose ses contraintes, rappelle Stéphane Fernandez. À la manière des villages de Provence, le bâti se fait protection. L’épaisseur devient la réponse simple et intense à la question du climat. La lumière frappe la pierre et les embrasures sans pouvoir agresser les lieux. L’épaisseur s’accompagne de l’inertie. La pierre de travertin devient la protection, le lieu de l’absorption. Épaisse, elle génère un coussin frais autour du bâtiment ».


Pour être en cohérence avec « l’architecture silencieuse » qu’il défend, Stéphane Fernandez propose une écriture architecturale qui cherche à s’affranchir de tout bavardage pour générer une atmosphère studieuse : « Les enfants sont mis en condition de concentration. L’architecture accompagne le cadre enseignant et les apprentissages, sans s’imposer. » Enfin, parce que la ville de Cannes a choisi de mettre les arts en avant dans l’ensemble de ses écoles, le nouveau bâtiment devait favoriser la pratique de ces activités. L’architecte a donc imaginé des hauteurs sous plafond importantes, de grands murs blancs à investir librement et a porté toute son attention à la lumière. Il l’a voulue douce, diffusée par des sheds. Quant à l’idée de cadrage, elle prend ici toute sa mesure par le dessin de longues fenêtres pour apprendre aux enfants à voir leur paysage.