Copyright : ©Emmanuel CAILLE

À Nanterre, Vincen Cornu réhabilite un lycée des années 1950 dans un contexte de projet très contraint. En déplaçant l’entrée du bâtiment, le projet prend position à l’échelle urbaine. De ce choix radical découle un parti architectural, dans lequel les circulations ont notamment fait l’objet d’une attention particulière.


La transformation du patrimoine scolaire des années 1950 et 1960 est aujourd’hui un chantier majeur de la réhabilitation des bâtiments publics. À Nanterre, Vincen Cornu s’est attelé à un cas d’école de complexité en la matière. Vaisseau de 200 mètres de longueur, le lycée Joliot-Curie fut construit en 1959 par Georges Dengler. Outre son obsolescence et sa nécessaire mise aux normes, un des problèmes majeurs de fonctionnement posé aux architectes lors du concours concernait l’entrée du lycée, peu explicite et malcommode avec son dénivelé de 4 mètres entre l’avenue très passante et le stade de l’autre côté du bâtiment.


L’établissement possède néanmoins de beaux atouts : un plateau sportif au sud, une assiette foncière exceptionnelle (43000 m2) et un bâtiment mince à l’implantation radicale offrant des distributions, éclairées en lumière naturelle, donnant sur le paysage des coteaux d’Argenteuil et de Montmorency. Le concours a lieu en 2008 mais il aura fallu presque une décennie de péripéties pour que le chantier s’achève, dont une longue période consacrée au désamiantage. Un lycée provisoire a d’ailleurs dû être installé durant les travaux. 


Vincen Cornu a choisi d’aborder le projet par l’échelle urbaine, commençant par modifier le centre de gravité du projet vers le haut du site. Autrefois situé au rez-de-chaussée bas, le niveau de référence du lycée est aujourd’hui déplacé au niveau supérieur. Mais, surtout, l’entrée est décentrée au nord-est dans l’axe de la mairie et désormais dotée d’un généreux parvis. Un escalier monumental permet aux 1500 élèves de rejoindre le niveau de référence du lycée, face au plateau sportif. Un nouveau bâtiment accueillant une salle de théâtre délimite le parvis, formant un L avec la nouvelle façade d’entrée. Cet équipement répond à l’existence d’une section de théâtre très active du lycée Joliot-Curie (le célèbre théâtre des Amandiers est à quelques pas). Ce monolithe de béton blanc matricé coulé en place peut fonctionner de façon indépendante et être utilisé pour des usages polyvalents. Les assises disposées en gradins et les tablettes rétractables ont été dessinées sur mesure et réalisées en bois et béton. Le niveau de la scène ouvre sur l’extérieur, vers le plateau sportif, offrant une belle échappée visuelle. Un niveau de finition et de confort rare en milieu scolaire. Sur l’avenue Joliot-Curie, le bâtiment s’est épaissi de deux volumes greffés pour accueillir de nouvelles salles techniques (les plus grandes, 90 m2). La barre de 200 mètres est raccourcie de 35 mètres pour se retourner et offrir la nouvelle façade d’entrée à l’est. Les circulations verticales principales sont déplacées au sud, logées derrière des parois en verre colorées qui filtrent la lumière.


À l’échelle de tout le projet, une attention particulière est portée aux espaces de circulations appropriables par les élèves. Lumineuses, elles offrent de nouvelles opportunités de communication visuelle entre les niveaux. Très mince, la structure originelle a été renforcée pour recevoir la nouvelle peau extérieure, caractérisée par un bardage en céramique de grande taille de finition mate, avec un jeu de teintes s’éclaircissant de bas en haut et contribuant à forger la nouvelle image du lycée.

ImageImageImage