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Née à Alger, formée en Algérie puis à Mendrisio, en Suisse, Samia Henni a passé en 2016, à l’ETH de Zurich, une thèse dont est issu cet ouvrage, d’abord publié l’année suivante en langue anglaise par gta Verlag, maison d’édition suisse. Elle est aujourd’hui professeure à l’université de Cornell, où elle enseigne l’histoire de l’architecture, le développement urbain et l’aménagement du territoire. Et c’est bien à la croisée de ces champs que se situe son travail, qui narre, analyse et documente comment la France a lancé et mené entre 1954 et 1962 une transformation radicale du territoire colonisé, destinée à fixer et contrôler les populations autochtones. Les grands acteurs de cette politique de planification, menée manu militari et proprement contre-révolutionnaire, se retrouveront aux manettes en France une fois la guerre terminée. Tels Paul Delouvrier ou Maurice Papon, l’un à la tête de la Préfecture de Police, l’autre chargé de « remettre de l’ordre dans le bordel » de la région parisienne, selon les mots du général de Gaulle. Il en ira de même pour les différents opérateurs, entreprises, aménageurs, bureaux d’études et architectes qui auront pris part à ce qui apparaît comme le laboratoire refoulé de l’aménagement de la France des Glorieuses.

 

Architecture de la contre-révolution, l’armée française dans le nord de l’Algérie, Samia Henni, Éditions B42, Paris, 2019, 352 p., 23 x 16 cm, 73 illustrations noir et blanc, 29 euros.