En ce début d’année 2021 où nous sommes tous plus ou moins assignés à
résidence, visiter une exposition, a fortiori d’architecture, est
devenu un plaisir rare, et donc décuplé. Cela suppose néanmoins de voyager
par-delà les frontières, à Bruxelles par exemple où le CIVA présente jusqu’à la
mi-mai l’une de ses dernières expositions en ses murs actuels avant sa
prochaine installation au sein du nouveau pôle culturel KANAL – Centre Pompidou.
On est accueilli à l’entrée de l’exposition par un déconcertant un vol d’oiseaux, dessin réalisé en 1969 qui nous fait rêver à une liberté de mouvement retrouvée, mais laisse aussi planer l’ombre de la zoonose qui bouleverse nos vies. Dès les premières salles, l’exposition conçue par Emmanuelle Chiappone-Piriou nous ramène pourtant dans un monde qui n’était pas soumis à la distanciation et à la virtualisation des existences et des pratiques. Bien au contraire, le groupe d’architectes italiens Superstudio y apparaît à travers la richesse matérielle de ses productions – manuscrits, dessins, collages, maquettes, meubles, etc. – et les témoignages sur la camaraderie qui régnait entre ses membres et avec leurs correspondants (voir les fac-similés des passionnants échanges épistolaires dans le catalogue). Nul surplomb académique et froideur analytique donc dans cette exposition qui nous propose une expérience intime de l’une des plus importantes aventures intellectuelles et artistiques des années 1970 dans le domaine de l’architecture. Les décès récents des deux membres fondateurs du groupe, Cristiano Toraldo di Francia et Adolfo Natalini, ajoutant à la nostalgie qui est susceptible de gagner le visiteur. (...)