Considérée comme représentative des élèves de Bernd et Hilla Becher
à l’École de Düsseldorf, Candida Höfer s’est notamment illustrée par des
séries de grands formats sur des institutions culturelles européennes :
théâtres, opéras, bibliothèques, le plus souvent baroques. En 2019, elle est
revenue à Paris où elle a réalisé des vues de bâtiments classiques et modernes,
exposées un temps à la galerie VNH – disparue depuis. L’excès de rigueur
finit par jeter un doute sur leur apparente objectivité.
Chacun sait
le renversement opéré par l’invention de la perspective : avec elle, le
monde se rapporte à l’œil de l’observateur. Celui-ci y trouve sa place en tant
qu’individu situé dans l’espace ; son regard se substitue à celui, en
surplomb, de la puissance divine. Voici encore qu’avec Brunelleschi et Alberti
la représentation semble coïncider avec la perception. Et c’est œuvre de raison :
la perspective suit les lois de l’optique, est mesure, se démontre, est fiable.
Quand les vues n’étaient pas élaborées selon les règles de la géométrie
descriptive, la camera oscura a
secouru les artistes. La photographie, quelques siècles plus tard, a usé du
même procédé, et entériné, parce qu’elle était mécanique, l’idée d’une
représentation objective de la réalité. (...)