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On le sait, les étudiants des écoles d’architecture sont majoritairement des étudiantes – des femmes, donc. La faute au type de sélection en première année qui retient en majorité les bons élèves – qui, on le sait aussi, sont principalement de bonnes élèves. Il se dit même que certaines écoles pratiquent une discrimination pour ainsi dire « négative » afin de corriger les résultats bruts des examens d’entrée, sans quoi elles atteindraient des proportions allant jusqu’à 75 % de filles.


Alors, une razzia féminine sur le métier ? Des hordes d’amazones dans les agences et sur les chantiers ? Que nenni. Rassurez-vous, le patriarcat, ou plutôt les bons vieux schémas de genre et autre plafond de verre veillent : à la sortie de l’école, elles sont déjà moins nombreuses. À monter leur propre agence, moins de 30 %. Et pour les revenus, restons calmes : en moyenne, ceux des femmes architectes plafonnent à 60 % de ceux de leurs confrères1 !

Dans les écoles d’architecture, il n’y a pas que des étudiantes (et un peu moins d’étudiants). Il y a aussi des personnels administratifs, enseignants et chercheurs. On aurait pu croire que, corrélativement à la féminisation des futurs architectes, la proportion de femmes dans le corps enseignant augmenterait. Là encore, que nenni ! Et la réforme de 2018 n’y a rien changé. Comme pour tout concours de recrutement des agents de la fonction publique, les décrets rappellent pourtant que les jurys locaux doivent tendre à la parité (on dit « tendre à » par pudeur, car on sait que dans les professions à dominante masculine la stricte parité est parfois impossible à atteindre, selon les disciplines et les grades). Or le bilan des recrutements effectué par le collectif Architoo2 montre, entre 2018 et 2021 (soit trois années de départs à la retraite et deux années de concours, puisque l’année de la réforme fut « blanche », sans concours), une stagnation, voire une légère régression. En somme, toutes disciplines confondues, moins d’un tiers des enseignants sont des enseignantes (29,79 %, mais elles ne représentent qu’un quart des effectifs dans le champ du projet). En trois ans, ce pourcentage a même baissé de 1 % ! Cette stagnation interroge, alors que la féminisation des jurys de recrutement est imposée. Une hypothèse serait que, en devenant locaux, ils tendent à reproduire le paysage existant, lequel est majoritairement masculin. Et les femmes-alibis parviennent-elles toujours à se faire entendre ?

GMJ

 

1. Chiffres Cipav, 2018, cités par Stéphanie Dadour, « Architecture et féminisme. De la théorie critique à l’action », Re-vue Malaquais, n° 6, 2020, p. 9.

2. Ce collectif d’enseignantes-chercheuses des ENSA compte au moins une représentante pour chacun des 20 établissements. L’étude, sortie en septembre 2021, a été effectuée à partir des données établies par le ministère de la Culture.